Santé: La caravane de la ministre en plein désert

POLITIQUE – Marisol Touraine s’est rendue dans la région de Ségolène Royal pour vanter ses mesures de lutte contre la désertification médicale…

Matthieu Goar

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Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé dans son bureau à Paris le 17 octobre 2012.

Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé dans son bureau à Paris le 17 octobre 2012. — A. GELEBART / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial en Poitou-Charentes

La caravane ministérielle s’enfonce dans le désert médical. Entre champs et bois, les cars des invités et de la presse roulent dans la campagne viennoise. Direction la commune de Scorbé-Clairvaux, sa mairie, sa boulangerie, ses 2.410 habitants mais surtout sa maison de santé. Les caméras s’installent. Sous la pluie, Marisol Touraine, ministre de la Santé et Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, sortent de leur voiture. «Oui, c’est une visite symbolique mais c’est aussi l’occasion de montrer la réalisation des collectivités territoriales et de la région», déclare Touraine. Royal apprécie.

Les deux femmes embarquent élus, médecins et notables dans le centre médical où travaillent 12 personnes (médecins, kinésithérapeutes, dentistes). «Il n’y avait plus de médecin généraliste sur la commune. Avec le centre de Lencloître (la commune voisine), nous sommes une trentaine de professionnels et couvrons les besoins des 10.000 personnes du canton», témoigne le docteur Josselin Kamga. Créé en 1992, le centre pluridisciplinaire, actuellement en rénovation grâce à l’argent de l’Etat, de l’Europe et des collectivités locales, a apporté une vraie bouffée d’oxygène sur ces communes où la moyenne est de moins de 10 médecins généralistes pour 10.000 habitants.

Place aux annonces

Quelques mots échangés et, dix minutes plus tard, la visite prétexte se termine. Place aux annonces. Dans la salle polyvalente, Royal, omniprésente, anime une table-ronde de professionnels aux interventions calibrées. Puis elle laisse la parole à Touraine, venue dévoiler son pacte territoire-santé, destiné à lutter contre les déserts médicaux. «Il n’y a pas de remède miracle à cette situation et la coercition n’est certainement pas une solution», débute Touraine alors que certains, à gauche, réclament que l’on impose aux médecins leur lieu de début de carrière.

L’élection est passée depuis six mois mais la ministre tape encore à trois reprises sur la droite, sur ses «prédécesseurs qui ont échoué depuis dix ans», «une décennie de laisser-faire». Elle ambitionne de «changer le système». S’ensuivent 12 engagements. Qui s’apparentent à une série de mesures incitatives: dès 2013, 200 médecins se verront financer les deux premières années de leur installation dans les territoires délaissés («Mon engagement majeur», clame la ministre déjà critiquée par les syndicats de médecins et l’UFC Que choisir qui évoque une mesure «homéopathique»), l’allocation de 1.500 bourses pour des praticiens qui acceptent de débuter dans un désert médical, la mise en place d’un référent pour aider les jeunes médecins à s’installer dans ces zones, le développement de la télé-médecine, etc. Et les centres de santé, un des engagements de la campagne de François Hollande? La ministre vante le modèle mais préfère attendre les conclusions d’une mission dont elle recevra le rapport en 2013.