UMP: «C'est quasiment une campagne d'adhésion à l'UDI de Borloo qui est lancée»

POLITIQUE Adhésions, image, le parti créé par Jean-Louis Borloo profite sur tous les plans de la cacophonie à l'UMP...

Maud Pierron

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Jean-Louis Borloo le 28 janvier 2012 au Congrès de France Nature Environnement, à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Jean-Louis Borloo le 28 janvier 2012 au Congrès de France Nature Environnement, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). — CHESNOT/SIPA

«Ce qu'il se passe à l’UMP me désole, je ne m’en réjouis pas. Simplement c’était prévisible: l’idée d'un parti unitaire qui, par ailleurs, va vers la droite décomplexée, ça ne pouvait pas tenir, au-delà des problèmes des individus.» Ce jeudi matin sur France Info, Jean-Louis Borloo, le patron de l’UDI, savoure: le pataquès à l’UMP peut offrir un boulevard à son parti qui n’a qu’un petit mois d’existence. En témoignent les nouvelles adhésions qui se multiplient comme des petits pains, à écouter l’ex-ministre de l’Ecologie. «Je suis tout à fait étonné. Cette seule nuit, par internet, vous voyez la difficulté, la nuit sur Internet faut quand même y penser, on a enregistré plus de 1.280 adhésions», insiste-t-il.

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Au total depuis le début de la semaine et donc du psychodrame de l’UMP, c’est «6.000 à 7.000 nouvelles adhésions», affirme à 20 Minutes Jean-Christophe Lagarde, porte-parole du groupe UDI à l'Assemblée. «C’est considérable, des chiffres objectivement inhabituels». Et encore, explique le député-maire de Drancy, «les fédérations sont en train de nous remonter des adhésions». Lui aussi refuse de se réjouir ou d’affirmer que l’UDI compte bien tirer les marrons du feu qui prend à l’UMP. «On ne compte pas tirer parti de la situation, on en tire parti de fait».  Pour «deux raisons: le virage à droite de l’UMP on le voit avec Copé et le score des motions [la Droite forte est arrivée en tête] et le spectacle affligeant» des derniers jours.

Et, heureux hasard, l’UDI a lancé la semaine dernière sa campagne d’adhésion. Mais «on ne pratique pas de débauchage», assure Jean-Christophe Lagarde. Outre Pierre Méhaignerie, ex -tenor de l’UMP qui a annoncé le premier son départ à l’UDI, trois autres élus ont déjà annoncé leur intention de le faire

«Désormais la droite modérée, c’est nous»

L’autre conséquence du pataquès de l’UMP pour Jean-Christophe Lagarde, c’est que «désormais la droite modérée, c’est nous» et la «vraie force d’opposition». «Nous n’avons pas de problème de leadership comme l’UMP, nous n’avons pas de fracture idéologique comme l’UMP et nous n’avons pas d’ambigüité vis-à-vis des extrêmes comme l’UMP», tacle-t-il. Et quand Jean-François Copé  dit qu’il ne laissera pas faire «le retour à l’horreur que fut le RPR-UDF, c’est-à-dire la fracture qui conduirait à remplir les rangs de M. Borloo», Lagarde s’agace: «M. Copé peut décider d’être le président de l’UMP même si certains le lui conteste mais il ne peut pas décider du sort de l’UDI.  Que les Français puissent choisir entre deux sensibilités, je ne vois pas où est l’horreur».

A l’UMP, certains ont bien compris le risque de la situation actuelle pour leur parti. «Nous sommes en train en direct de perdre les élections municipales et d'envoyer des adhérents au FN et UDI. Où est l'Homme d'Etat?», s’alarmait mercredi soir sur Twitter Camille Bedin, secrétaire nationale à l ‘UMP, soutien de Copé.  «Il est évident que c’es la meilleure des nouvelles possible pour Jean-Louis Borloo, le scénario rêvé»,  explique à 20 Minutes Gaël Sliman, directeur général adjoint de BVA Opinions. «La droite décomplexée de la campagne de Nicolas Sarkozy avait déjà désarçonné l’électorat gaulliste. La campagne interne à l’UMP a renforcé la droitisation. Et depuis qu’il a perdu, Fillon dénonce la fracture morale et idéologique du parti, ce que dénonce Borloo et ce qui le renforce.  Avec la cacophonie,  les fraudes, les contestations et le problème de ligne politique, c’est quasiment une campagne d’adhésion à l’UDI qui est lancé», explique le spécialiste de l’opinion.

Mais l’UDI ne pourra véritablement profiter de la situation si Jean-Louis Borloo négocie bien le virage et s’y investi. «Or, Borloo a des précédents. Plusieurs fenêtres de tirs très importantes se sont déjà présentées à lui et il ne les a jamais saisies», note Gaël Sliman. La situation devrait aussi profiter au FN car «tout l’électorat  conservateur pour qui l’autorité, l’ordre et l’image du chef sont importantes pourrait se tourner vers Marine Le Pen»  et « historiquement, quand la droite parlementaire s’est rapprochée des thèses du FN, ça a toujours fait monter le FN», rappelle-t-il.

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