Mea culpa de Valérie Trierweiler: Un plan com' réussi?

POLITIQUE Alors que la première dame a donné une interview à «Ouest-France», «20 Minutes» a décrypté ce qu'elle a voulu dire et ce qu'elle a dit sans le vouloir...

Maud Pierron

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Valérie Trierweiler, le 21 mai à Chicago.

Valérie Trierweiler, le 21 mai à Chicago. — AFP

Des regrets exprimés fortement et clairement pour la première fois sur l’affaire du tweet, l’annonce qu’elle décide d’abandonner son projet d’émission de télévision sur D8… Dans son interview à Ouest-France, Valérie Trierweiler a entamé son opération réhabilitation. Il y a urgence, quatre mois après l’affaire de La Rochelle, et alors qu’un sondage Harris Interactive pour VSD montre qu’à peine 29% des Français ont une opinion positive d’elle. 20 Minutes a interrogé des experts en communication politique sur le nouveau plan com’ de la première dame.

Le contexte?
Le cas Trierweiler, «c’était une épine dans le pied de François Hollande et la phase d’extraction a été lente et douloureuse», image Jean-Luc Mano, qui a notamment conseillé Xavier Darcos ou  Michèle Alliot-Marie. Or, il ne peut pas continuer comme ça, car Trierweiler est «le talon d'achille» du Président, constate Patricia Chapelotte, patron de l'agence Albera conseils. «C’est l’interview purge, comme on dit dans le jargon, explique Stéphanie Prunier, partner associée à Havas Worldwide. L’acte nécessaire et indispensable pour passer à autre chose.» Sauf que pour Jean-Luc Mano, «la logique aurait voulu de solder l’affaire, puis de lancer l’opération Danielle Mitterrand», dont elle est l’ambassadrice depuis le mois dernier, une nouvelle «positive» mais polluée par l’évocation des vieilles histoires. «C’est la première fois qu’une première dame cristallise autant d’opinions négatives. Il y a une volonté évidente de reprendre la main», dit Patricia Chapelotte.

Pourquoi Ouest-France?
Valérie Trierweiler «est en difficulté avec la presse nationale, qui ne la ménage guère», explique Jean-Luc Mano. Ouest-France a l’avantage d’avoir le plus gros tirage de presse française. Alors qu’elle est «accusée de parisianisme», cela lui permet de montrer qu’elle n’appartient pas à ce monde, ajoute-t-il. Peut-être aussi s’agit-il de rappeler ses origines angevines.

Quel est le message de Valérie Trierweiler?
Jusque-là, Valérie Trierweiler avait du mal à trouver sa place de première dame. Là, «l’interview reflète un changement de stratégie, relève Stéphanie Prunier. Trierweiler dit: “J’ai choisi d’arrêter l’émission, j’ai compris, j’ai pris la mesure du rôle de première dame”», explique la communicante. C’est un «mea culpa» et «le mea culpa, c’est payant en politique. On aime en France que les gens reconnaissent leur erreur», explique Patricia Chapelotte, qui a notamment conseillé Dominique Perben. Dans cette interview, note Stéphanie Prunier, la journaliste assume n'avoir pas compris ce que signifiait devenir première dame, elle est dans «la contrition, le renoncement de sa personnalité, elle dit qu’elle ne peut plus être ce qu’elle a été». 

Les deux expertes estiment que l’argumentation de Valérie Trierweiler sur son maintien à Paris-Match –elle travaille comme 85% des Françaises et a des enfants à charge– est convaincante. «Ça passerait pour rétrograde d’aller contre le principe d’indépendance des femmes», relève la communicante d’Havas Worldwide. Pour Patricia Chapelotte, vouloir assumer ses enfants, «c’est tout à son honneur», c’est «sa réalité» et ça aurait «dû être mieux mis en valeur dès le début».

Quels sont les ratés de l’interview?
Pour Jean-Luc Mano, «c’est visiblement l’interview d’une femme contrainte». Qu’elle parle de ses regrets par rapport au tweet ou de sa décision de ne pas animer une émission sur D8, «rien n’est concédé sur le fond autrement que par l’incompréhension des autres ou le risque d’incompréhension, relève l’ancien journaliste. Sur l’affaire du tweet, elle dit par exemple: “J’ai été maladroite puisque cela a été mal interprété”, l’air de dire “j’avais raison mais je n’ai pas été comprise”.»
Et à la différence de Patricia Chapelotte et Stéphanie Prunier, Jean-Luc Mano relève l’«incohérence» de son argumentation sur son métier de journaliste. C’est «acceptable» d’être première dame et journaliste à Paris-Match, mais «intolérable» d’être journaliste télé à D8 et première dame. Un passage a particulièrement retenu l’attention de Patricia Chapelotte, celui à propos du «tweet»: «Cela ne se reproduira plus». C’est très mauvais car «on dirait une petite fille et cela ne lui ressemble pas, juge-t-elle. Cela ne correspond pas à l’image qu’on a d’elle.» D’ailleurs, d’après elle, on sent «un peu trop la patte des communicants» dans cet entretien, même «si elle a grand besoin d’en avoir autour d’elle».

Et maintenant?
A l’Elysée, on a visiblement mis en place une nouvelle stratégie de communication autour de Valérie Trierweiler: l’interview de Ouest-France pour refermer la page des premiers mois compliqués, son premier déplacement en tant qu’ambassadrice de la fondation Danielle Mitterrand le 18 octobre et la sortie d’une biographie autorisée courant octobre.

«La biographie ne va pas l’aider à changer son image. Il faut qu’elle s’inscrive dans une stratégie de com’ par la preuve. Qu’elle soit sur le terrain, dans une démarche altruiste, dans l’humanitaire.» L’humanitaire, c’est ultra-classique pour une première dame, mais c’est la clé indispensable pour améliorer son image auprès des Français, reconnaissent les trois experts interrogés. «Pour l’instant, elle n’a révélé que des côtés négatifs de sa personnalité» et l’humanitaire lui permettra d’apparaître plus «sympathique», insiste Stéphanie Prunier.