Vente de sous-marins au Pakistan en 1994: Takieddine admet un «rôle de facilitateur»

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Publié le 15 septembre 2012.

JUSTICE - Jusque-là, il n'avait pas souhaité endosser ce rôle...

Ziad Takieddine, au coeur du dossier Karachi, revendique désormais un «rôle» dans «la conclusion» en 1994 du contrat Agosta de vente de trois sous-marins au Pakistan, mais nie, dans un entretien à l'AFP, tout financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur. Les juges d'instruction travaillent sur l'hypothèse de commissions versées en marge de contrats d'armement, qui auraient donné lieu à des rétrocommissions pour financer la campagne de l'ex-Premier ministre en 1995.

Des témoins ont affirmé que Ziad Takieddine et son associé de l'époque Abdul-Rahman El Assir avaient été imposés dans ce but à la dernière minute dans les pourparlers. Les deux hommes ont été mis en examen. Dans une enquête parallèle, le juge antiterroriste Marc Trévidic soupçonne que l'attentat de Karachi du 8 mai 2002 (15 morts, dont onze salariés français de la Direction des Constructions navales, DCN) est lié à ces commissions en marge du contrat Agosta. Après son élection, le président Jacques Chirac avait ordonné en 1996 l'arrêt des versements. Selon une hypothèse envisagée, l'attaque aurait alors été commise en représailles à cette décision, et non par un groupe islamiste.

S'il n'a pas caché être intervenu dans les négociations Sawari II, avec l'Arabie saoudite cette fois, Ziad Takieddine avait jusqu'alors nié tout lien avec Agosta, un contrat de 820 millions d'euros. Mais, dans l'entretien avec l'AFP, il revendique désormais son intervention: «Avec le Pakistan, j'ai joué un rôle pour introduire El Assir auprès des autorités françaises.»

«Fier»

«J'ai suivi les contrats de très près jusqu'à leur signature», a insisté Ziad Takieddine, selon lequel, s'il n'était pas intervenu avec Abdul-Rahman El Assir, «rien n'aurait été signé». «La mission accomplie a été payée, les honoraires ont été versés partout où ils devaient l'être.» Ces versements ne venaient pas de France, a-t-il affirmé. S'il s'est rendu à de nombreuses reprises en Arabie saoudite pour gérer «point par point» Sawari II, M. Takieddine «ne l'a pas fait pour le Pakistan», où il «n'est jamais allé».

«Travailler avec l'Arabie saoudite a pris tout mon temps.» Pour le Pakistan, «mon intervention a été faite à 80% en France, comme facilitateur" de contacts, notamment entre Abdul-RahmanEl Assir et Renaud Donnedieu de Vabres, également mis en examen et ex-conseiller spécial à la Défense du ministre François Léotard. «J'ai oeuvré pour que les choses se passent tranquillement, j'en suis fier», a ajouté Ziad Takieddine, en notant que «la DCN n'avait pas signé un seul contrat avec ce pays au cours des six années précédentes». En revanche, il récuse tout financement politique avec de l'argent liquide ramené de Suisse. «On n'avait aucun intérêt à faire financer la campagne de Balladur.»

«J'ai reçu de l'argent de l'Arabie saoudite. M. El Assir me verse ce qu'il veut, cela ne provient pas de France», a-t-il dit. Interrogé en Suisse, Abdul-Rahman El Assir a reconnu avoir versé de l'argent, via le compte bancaire suisse d'un ami, à Ziad Takieddine, son partenaire «pour les contrats Agosta et Sawari», selon le PV d'audition consulté par l'AFP. Il avait expliqué connaître «les accusations portées contre Ziad Takkieddine de financement de la campagne électorale d'Edouard Balladur par le biais d'une partie des commissions qu'il recevait pour ces affaires». «J'ignore ce qu'il en est en réalité», avait-il dit.

Abdul-Rahman El Assir devrait être interrogé par le juge Renaud Van Ryumbeke. Ziad Takieddine souhaite une audition commune. Comme deux autres mis en examen, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, Ziad Takieddine a formulé une requête en nullité de l'enquête sur laquelle tranchera lundi la cour d'appel de Paris. «Je ne cherche pas une annulation, je veux un non-lieu définitif», a-t-il affirmé.

© 2012 AFP
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