"Pour une voile de navigateur, se transformer en sac c'est des vacances!", sourit Hugo Le Pomellec une des petites mains de "727 Sailbags", en s'affairant sur un élégant sac à main orange taillé dans des voiles qui ont traversé l'Atlantique lors de la dernière Route du Rhum.
"Pour une voile de navigateur, se transformer en sac c'est des vacances!", sourit Hugo Le Pomellec une des petites mains de "727 Sailbags", en s'affairant sur un élégant sac à main orange taillé dans des voiles qui ont traversé l'Atlantique lors de la dernière Route du Rhum. - Damien Meyer afp.com

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"Pour une voile de navigateur, se transformer en sac c'est des vacances!", sourit Hugo Le Pomellec une des petites mains de "727 Sailbags", en s'affairant sur un élégant sac à main orange taillé dans des voiles qui ont traversé l'Atlantique lors de la dernière Route du Rhum.

Au lieu de finir à la décharge, les toiles sont recyclées en sacs costauds, légers, étanches et au design original, très en vogue sur le littoral français, dans le sillage des pays anglo-saxons.

Quelque "400.000 m2 de voiles" - confectionnées dans des matières issues de la pétrochimie - "sont jetées chaque année en France", estime Erwann Goullin, un des trois cofondateurs de la jeune société lorientaise "727 Sailbags", qui en récupère "15.000 m2".

Les rebuts nourrissent la créativité des artisans recycleurs : "les fibres des voiles de compétition forment de beaux jeux de lignes qui nous permettent d'obtenir des effets de tweed", s'enthousiasme Christine Defretin, cofondatrice de "Vent de Voyage" à Saint-Malo.

Ces mordus de voile récupèrent dans les clubs, les écuries de course ou auprès des plaisanciers, des monceaux de voiles usées - fines comme du papier à cigarette ou épaisses et rigides comme du carton - qu'ils réincarneront en sacs, poufs, lampes ou chaises longues.

"On reprend une tradition de recyclage qui s'est interrompue au milieu du XXe siècle. Au musée de la marine par exemple, on peut voir un sac de matelot taillé dans les voiles d'un clipper de l'époque napoléonienne", explique Jean-Baptiste Roger, cofondateur de "727 Sailbags".

Les voiles données par des skippers comme Michel Desjoyaux ou Samantha Davies débouchent sur des séries limitées, le sel est laissé sur la toile par souci d'authenticité, l'étiquette prolonge le rêve, avec les traversées passées ou les résultats de courses, explique Anna Beyou, autre cofondatrice de "727 Sailbags".

Les plaisanciers adorent: "la voile d'Optimist de votre gamin qui a terminé son championnat a autant d'âme que la voile de multicoque qui a fait une traversée", estime Christine Defretin.

Kevlar et mylar

Mais avant de se porter en bandoulière, les voiles donnent du fil à retordre à leurs recycleurs. La découpe, au cutter puis au ciseau, "se fait à quatre pattes par terre", explique Christine Defretin. "Un travail pénible", confirme Benoît Choucherie, de "727 Sailbags", équipé de genouillères pour tailler une voile blanche.

Derrière lui, quatre couturières, concentrées, sont penchées sur leurs machines. Polyester, kevlar, mylar, carbone : "on n'a jamais le même matériau", explique Jean-Baptiste Roger, "ce qui oblige à d'incessants réglages de tension des fils".

"Parfois, on n'arrive même pas à retourner les sacs les plus épais pour mettre la doublure", affirme Emilie Beaumont, couturière.

En raison du coût élevé de la main-d'oeuvre, l'échantillon de régate ou de Vendée Globe sur l'épaule se paie cher - de 100 à 250 euros.

Mais le public apprécie ce "savoir-faire" selon Christine Defretin et "ces produits coup de coeur" selon Anna Beyou. "En plus, avec une production locale et sept embauches à la clé, on dit +merde à la délocalisation+, ça plaît", estime Erwann Goullin.

De 3.000 sacs vendus en 2010, "727 Sailbags" est passée à 7.000 sacs en 2011, avec une progression du chiffre d'affaires de 289.000 à 650.000 euros.

Avec actuellement 2.000 sacs par an, "Vent de voyages" dit également avoir connu "une forte progression depuis deux ans".

"Contrairement à des objets de mode, on veut créer des choses qu'on garde longtemps", lance sa patronne. Les sacs en voiles recyclées se réparent et peuvent être recyclés.