• Des chercheurs toulousains ont trouvé du mercure d’origine océanique dans des lacs de montagne pyrénéens.
  • Il provient des granulés, utilisés dans les fermes piscicoles.
  • Ce type de pollution «transférée» pourrait être un phénomène mondial.

La carte postale des lacs de montagne, aux eaux pures et limpides, en prend un petit coup : il y a du mercure dans les truites des Pyrénées, qui plus est du mercure d’origine marine, ce qui est un comble pour des poissons d’eau douce.

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Cette découverte vient d’être dévoilée par une équipe scientifique toulousaine du Laboratoire Géosciences Environnement (CNRS-Université Paul-Sabatier et Université de Pau) dans la revue internationale Scientific Report. Elle a été faite « un peu par accident », reconnaît la chercheuse Sophia V. Hansson. L’équipe travaillait en fait depuis deux ans sur la pollution par les métaux des anciennes mines. Elle a trouvé logiquement du plomb dans les poissons mais ne s’attendait pas à y déceler aussi du mercure, connu pour être neurotoxique.

« Je savais bien sûr que l’on pouvait trouver du mercure dans les montagnes, explique la scientifique, mais je pensais qu’il provenait de la pollution atmosphérique ou des activités humaines ». Que nenni. Après échantillonnage des truites de trois lacs des Pyrénées, et historique individuel de chaque cobaye grâce à des traceurs, le mercure est bien d’origine océanique, aussi improbable que ça puisse paraître.

Poissons pollueurs… en granulés

L’équipe a fini par trouver la clé du mystère. Le mercure provient des granulés qui nourrissent les alevins dans les fermes piscicoles. Des granulés à base de poissons de mer compressés, mercure compris. Les alevins sont ensuite transportés en altitudes pour empoissonner les lacs et la boucle est bouclée.

Alors faut-il s’inquiéter de consommer de bons poissons de nos rivières ? « Bien que nous observions des concentrations élevées dans certains des poissons que nous avons échantillonnés, les résultats globaux montrent que les niveaux sont encore relativement faibles et ne présentent aucun risque pour la santé humaine », répond Sophia V. Hansson.

Pas de danger immédiat mais des précautions à prendre

La prochaine étape pour l’équipe consistera à comparer ses résultats dans les Pyrénées à d’autres régions du monde, « pour vérifier si [ses] observations portent sur un cas isolé ou s’il s’agit d’un phénomène mondial ». Car l’alevinage massif utilisé dans les Pyrénées depuis plus de 50 ans existe dans le monde entier.

« Nous souhaiterions également cartographier les lacs les plus contaminés des Pyrénées afin d’informer les personnes les plus vulnérables sur le risque de consommer des poissons de ces lacs », ajoute la chercheuse. Les jeunes enfants et les femmes en âge de procréer sont en effet plus sensibles à l’exposition au mercure que la population en général…