VIDEO. Extinction de masse des animaux: «La nature va s'en remettre, mais pas l'homme»

INTERVIEW La disparition de nombreuses espèces animales s’accélère selon une étude scientifique commentée pour « 20 Minutes » par le chercheur Franck Courchamp…

Propos recueillis par Laure Cometti

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Un orang-outan dans un zoo britannique.

Un orang-outan dans un zoo britannique. — Paignton Zoo/Cover Images.

  • Des chercheurs alertent sur la disparition rapide des effectifs de très nombreuses espèces animales vertébrées.
  • Notre planète vit sa sixième extinction animale de masse.
  • Selon un chercheur interrogé par 20 Minutes, ce phénomène aura de graves conséquences pour l’espèce humaine.

Notre planète vit la sixième extinction massive d’ animaux de son histoire. Ce déclin de la biodiversité s’est accéléré selon une étude scientifique publiée lundi dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Pour comprendre cette « défaunation » et ses conséquences pour la Terre et pour l’Homme, 20 Minutes a interrogé Franck Courchamp, directeur de recherche au CNRS et à l’université Paris-Sud, spécialiste de la biodiversité.

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Notre planète vit actuellement la sixième extinction de masse d’espèces. Qu’est-ce que cela signifie et quelles ont été les précédentes extinctions massives ?

Il y a déjà eu cinq causes majeures de perte de biodiversité qui ont entraîné la disparition d’une grande part de la biodiversité dans un temps très court. Concrètement, cela se produit sur des centaines de milliers d’années, ce qui est rapide à l’échelle des 4,5 milliards d’années de la planète. Ce sont des moments au cours desquels au moins 60 à 70 % des espèces disparaissent, ce qui est vraiment énorme. Cela représente des centaines de milliers voire des millions d’espèces.

La dernière extinction de masse a concerné les dinosaures, il y a 65 millions d’années. Il y a 250 millions d’années, 95 % des espèces ont disparu, parmi lesquelles les trilobites et des insectes géants.

Cela signifie que 95 % des espèces peuvent disparaître et que la nature arrive à recréer une biodiversité. La planète va se remettre de cette sixième extinction de masse, mais cela va prendre un million d’années. La nature va s’en remettre, mais pas nous, les humains.

Dans cette étude, les chercheurs ne parlent pas de disparition d’espèces, mais ils mesurent une réduction des populations. Quelle est la différence entre espèce et population et en quoi cette approche est-elle pertinente ?

Par exemple, l’espèce humaine regroupe les sept milliards d’individus sur Terre. La notion de population renvoie à des territoires et des groupes d’individus.

Le taux d’extinction - plusieurs centaines d’espèces par an dont deux à trois espèces de vertébrés - est relativement faible par rapport à notre perception, mais à l’échelle de la population, il est très important. Avec cette étude, on constate que l’on ne regardait que la partie émergée de l’iceberg. Les espèces, avant de s’éteindre définitivement, sont en train de disparaître très fortement. Une espèce pas disparue mais qui perd beaucoup de spécimens et de territoires, c’est une espèce qui va disparaître. Et elle n’a pas besoin d’être éteinte pour n’être quasiment plus fonctionnelle.

Cette étude révèle également que près de 30 % des espèces en déclin sont des espèces communes. Nous sommes en train de détruire notre écosystème et nous ne le voyons pas.

En France, le chardonneret a enregistré une baisse de 40 % de ses effectifs depuis dix ans selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
En France, le chardonneret a enregistré une baisse de 40 % de ses effectifs depuis dix ans selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). - ARDEA/MARY EVANS/SIPA

Quelles sont les causes de cet « anéantissement » de la biodiversité et quelle est la responsabilité de l’homme ?

Il y a cinq causes principales : la destruction de l’habitat des espèces, les invasions biologiques, la surexploitation (déforestation, surchasse, surpêche), la pollution et le changement climatique. L’homme est responsable de ces cinq causes.

Cette publication ne prend en compte que les vertébrés terrestres. Les poissons, les invertébrés, les plantes sont-elles menacées dans des mesures similaires ?

Oui, il y a des groupes très affectés, par exemple les récifs coralliens, qui sont des écosystèmes très importants. Beaucoup de plantes sont en déclin, ainsi que de nombreuses espèces de poissons.

Est-ce inéluctable ?

Rien n’est inéluctable. Mais une fois qu’une espèce a perdu la moitié de ses spécimens en 40 ans, les choses vont très vite. Si nous ne réagissons pas dans les deux à trois prochaines décennies, nous allons perdre des centaines de milliers d’espèces, et avec elles nous perdrons des ressources pour notre santé, notre alimentation, notre agriculture, notre climat… Il faut mieux informer le grand public sur ces questions, des actions politiques au niveau global, et des changements de comportements au niveau individuel, comme réduire sa consommation de viande ou de produits contenant de l’huile de palme.