Environnement: Les quatre défis qui attendent Emmanuel Macron et Nicolas Hulot

ECOLOGIE Cela commence fin mai avec le G7 qui posera la question de l'avenir des Accords de Paris...

Fabrice Pouliquen

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Emmanuel Macron en pleine campagne présidentielle au Salon de l'Agriculture, le 1er mars 2017.

Emmanuel Macron en pleine campagne présidentielle au Salon de l'Agriculture, le 1er mars 2017. — LIONEL BONAVENTURE/AFP

  • Les nombreuses attaques de Donald Trump ont mis sur la sellette les accords de Paris, principal legs du quinquennat de Hollande en matière d’écologie.
  • Les questions du nucléaire et de l’isolation thermique de l’environnement seront aussi en jeu dans les cinq années à venir.
  • Le nouveau président a aussi promis des états généraux de l’alimentation à l’automne qui ont suscité beaucoup d’espoirs parmi les ONG environnementales.

Les accords de Paris et les deux lois sur la transition énergétique et la biodiversité… S’il faut retenir quelque chose du quinquennat de François Hollande en matière d’écologie, ce serait en priorité ces trois outils que laisse le président sortant à son successeur. Pour le reste, c’est assez fade. « L’environnement, ce n’est pas sa sensibilité de base », glisse Ségolène Royal dans  Le Monde.

Emmanuel Macron, ne semble avoir guère plus l’écologie dans son ADN. Mais il a déjà réussi une petite victoire en convainquant Nicolas Hulot de prendre les rennes du ministère de la transition écologique quand ses prédesseurs ont tous échoué. Petit tour d’horizon des principaux défis qui les attendent tous deux.

Sauver les accords de Paris

Le prochain sommet du G7 se tiendra les 26 et 27 mai en Sicile. L’avenir des accords de Paris sera forcément sur le tapis. Signés le 12 décembre 2015 pour conclure la COP 21, ces accords entérinent le premier traité universel de lutte contre le changement climatique en engageant 195 Etats à agir pour limiter la hausse des températures « bien au-dessous du seuil » des 2°C.

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La France a beaucoup travaillé à ces accords. Mais depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump n’a jamais cessé de les remettre en question, et a indiqué qu’il prendrait une décision sur une éventuelle sortie des Etats-Unis fin mai. « Quelle que soit la décision des Etats-Unis, il faudra que la France, avec l’Allemagne et la Chine, continue d’assurer un leadership climatique mondial, analyse Pascal Canfin, directeur général de WWF France. La prise de parole d’Emmanuel Macron à ce G7 sera scrutée de près. »

Le dossier épineux de Notre-Dame des Landes

Selon Pascal Canfin, le deuxième grand chantier environnemental à la table d’Emmanuel Macron sera Notre-Dame-des-Landes. Son prédécesseur s’est débarrassé de ce dossier épineux en organisant un référendum auprès des électeurs de Loire-Atlantique dont la légitimité a été contestée.

« Il n’est pas possible aujourd’hui de continuer à faire Notre-Dame-des-Landes tout en prônant, dans le discours, de grandes politiques environnementales de transition énergétique, de mobilité, de protection agricole », estime le directeur de WWF France. Notre-Dame-des-Landes est un marqueur fort qui permettra de mesurer les ambitions écologiques réelles du nouveau président. »

Pour rappel, dans sa campagne, Emmanuel Macron s’est prononcé pour cet aéroport. Mais la nomination de Nicolas Hulot, fortement opposé à ce projet, remet toutefois le dossier à plat. Emmanuel Macron s’est prononcé pour la nomination d’un médiateur auquel il donnera six mois pour produire une étude sur la possibilité d’agrandir l’aéroport actuel.

La transition énergétique

Dans ce quinquennat qui commence, il sera aussi forcément question de l’isolement thermique des bâtiments. Géraud Guibert, président du think tank la Fabrique Ecologique, comme Benoît Hartmann, directeur du Cler – Réseau pour la transition énergétique, placent ce chantier en tête des priorités à l’échelle nationale.

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François Hollande avait fixé l’objectif de mettre aux normes 500.000 logements par an d’ici à 2017. « On n’y arrive pas aujourd’hui, malgré la mise en place de dispositifs d’aide à la rénovation, rappelle Benoît Hartmann. L’Etat peine notamment à identifier les publics qui auraient le plus besoin de ces aides. » Guéraud Guibert ajoute aussi la dispersion des aides, l’absence d’un guichet unique et un problème de sensibilisation générale des Français à la liste des freins que le nouveau gouvernement devra lever.

L’enjeu est de taille. Ce dossier de l’isolation thermique est l’occasion de prouver que des préoccupations environnementales peuvent être porteuses de solutions sociales [réduction des factures des ménages] et économiques [création d’emplois dans le bâtiment].

« Commencer enfin la transition énergétique »

Autre enjeu national : le nucléaire. Sur quelles énergies miser dans les années à venir ? Emmanuel Macron s’est pour l’instant placé dans les pas de François Hollande en annonçant vouloir « réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique de 75 % aujourd’hui à 50 % à l’horizon 2025 ».

Cet objectif sera difficilement atteignable si des premières mesures ne sont pas prises rapidement. « On a pris beaucoup de retard depuis 2012, observe Pascal Canfin. Aucune centrale n’a été fermée lors du précédent quinquennat. La priorité aujourd’hui n’est plus tant de savoir si nous arriverons à atteindre le cap fixé pour 2025. Elle est bien plus de mettre en œuvre, concrètement, cette transition énergétique. »

Mais Emmanuel Macron semble peu pressé d’agir. Il conditionne la fermeture de la centrale de Fessenheim à l’ouverture de l’EPR de Flamanville, qui a pris six ans de retard, ou repousse les décisions stratégiques, notamment la prolongation des centrales au-delà de 40 ans, à la publication des conclusions de l’Autorité de Sûreté nucléaire attendues pour 2018.

Un Grenelle de l’alimentation qui fait saliver

Cette fois ci, c’est Emmanuel Macron lui-même qui en a émis l’idée dans son programme présidentiel. L’annonce a éveillé l’attention des ONG qui attendent désormais que cette promesse soit tenue.

Ce Grenelle est annoncé pour l’automne prochain. « Ce sera réellement prometteur si le nouveau gouvernement parvient à mettre autour d’une même table tous les acteurs, estime Michel Dubromel. Les agriculteurs, la grande distribution, les ONG environnementales, des associations de consommateurs… »

Le directeur de France Nature Environnement attend que ces états généraux remettent à plat les relations entre agriculteurs et grande distribution et ouvrent des débouchés pour les agriculteurs, notamment en matière d’agroécologie.