Un site du géant français de la chimie Rhodia, à Liyang, en Chine.
Un site du géant français de la chimie Rhodia, à Liyang, en Chine. - AFP PHOTO/Mark RALSTON

Propos recueillis par Audrey Chauvet

L’usine du monde aimerait bien se débarrasser de son image de pollueur impénitent. Mais les chiffres sont intraitables: la Chine a été responsable à elle-seule de 29% des émissions mondiales de CO2 en 2011 et reste en tête du classement des pays pollueurs. Pour Jean-Luc Buchalet, co-fondateur du cabinet PrimeView et auteur de Chine: la face cachée (ed.Editea) et co-auteur de La Chine, une bombe à retardement (ed.Eyrolles), les annonces de «progrès écologique» du gouvernement chinois ne sont que des vœux pieux.

Lors du 18e Congrès du Parti communiste, un amendement sur le «progrès écologique» a été adopté. Est-ce une déclaration de principe ou une réelle volonté?

Ce discours est le même, mot pour mot, que celui qui a été prononcé il y a dix ans. Le gouvernement répète cela systématiquement alors que le pays vit un drame écologique d’une ampleur inimaginable. La façon dont la croissance chinoise s’est faite au cours des dix dernières années a entraîné un gâchis incroyable. En moyenne dans le monde, il faut 1kg de matières premières (ciment, aluminium, pétrole…) pour créer 1 dollar de richesse, en France 0,3kg, en Chine 8kg! Même chose pour la consommation d’énergie: il faut quatre fois plus d’énergie en Chine qu’en  Europe pour créer la même quantité de richesse.

Pourquoi ce gâchis?

Parce qu’en Chine, il n’y a pas de contre-pouvoir et certains peuvent faire ce qu’ils veulent. Par exemple, les industriels ont la capacité de déverser des litres de benzène dans le fleuve Amour, et on l’a appris uniquement parce que ce fleuve est partagé avec la Russie. Pareil pour l’agriculture: la majorité des produits alimentaires est très polluée car pour nourrir la population avec des terres arables relativement rares par rapport à la taille du pays, la Chine consomme 38% des engrais et produits phytosanitaires du monde, encouragée par le gouvernement. Il n’y a que 15% d’eau réellement potable sur l’ensemble du territoire, mais rien n’est fait pour résoudre la compétition entre l’eau à usage humain et celle utilisée par les industries. Sans oublier que 70% de l’énergie chinoise provient du charbon ou du lignite qui émettent du CO2, et la Chine va continuer à croître sur ce modèle.

Dans l’ouest du pays, le développement est plus récent. Est-ce déjà trop tard pour un «éco-développement»?

Passer d’un modèle à un autre, même dans l’ouest du pays, ce serait perdre de la compétitivité. Le vrai défi pour la Chine, le moyen de passer à un cran supérieur de développement, ce serait de payer correctement les  gens, de mettre en place un système de retraite et surtout d’instaurer une démocratie et des contre-pouvoirs.

Est-ce que la Chine n’est pas aussi un bouc-émissaire facile pour les Occidentaux, qui émettent toujours plus de CO2 par habitant que les Chinois?

Bien sûr, nous sommes bien contents de pouvoir mettre nos industries polluantes là-bas et de garder la valeur ajoutée pour nous. Par exemple, sur un téléphone fabriqué en Chine, seuls 8% de la valeur reviennent aux Chinois. Ils bousillent leur environnement et leur population sans gain pour eux. Seule une minorité de Chinois s’est enrichie. Sans oublier que nous, en tant que consommateurs, nous voulons le produit le moins cher, donc souvent celui fabriqué en Chine. Il faut savoir ce qu’on veut et endosser cette responsabilité.