Un compteur à gaz et une facture en juin 2010.
Un compteur à gaz et une facture en juin 2010. - DURAND FLORENCE/SIPA

Alors que les prix à la pompe s’affolent, que le gouvernement tente de conserver une cohésion sur la question du nucléaire et que les débats sur les gaz de schiste  refont surface, la transition énergétique promise par le candidat Hollande semble remise à plus tard. La conférence environnementale, les 14 et 15 septembre prochains, devrait aborder ce sujet compliqué. Pour Patrice Geoffron, professeur d’économie au centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières de l’université Paris-Dauphine, la transition sera longue et nécessitera d’accepter une hausse du prix de l’énergie.

Après les déclarations de Montebourg sur le nucléaire, les débats qui restent ouverts sur le gaz de schiste et la baisse symbolique du prix des carburants, où en est la transition énergétique?

Pour que la transition s’opère, il faut un environnement où nous sommes confrontés à la réalité des prix du pétrole, de l’électricité et du gaz. La France est un paradis énergétique car le prix de l’électricité est bas, ce qui n’incite pas à en limiter la consommation. La seule fenêtre qui nous fait percevoir le prix de l’énergie est le prix à la pompe. La transition serait compliquée si le prix des énergies n’était pas élevé.

C’est donc une bonne nouvelle que le prix du carburant augmente?

Oui et non. Oui, car nous devons prendre conscience que ces carburants sont émetteurs de CO2 et sont des ressources rares disponibles en quantité finie: qu’ils coûtent cher reflète cela. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle car, si les citadins ont un usage très limité des véhicules thermiques grâce aux transports en commun, pour les ruraux ou les gens qui vivent dans un environnement périurbain et ont besoin de faire des distances plus importantes, la question du prix à la pompe renvoie à la question de la précarité énergétique. 

Comment peut se passer cette transition énergétique?

Il faudra modifier de grands systèmes techniques de production d’énergie en développant des moyens de production et des réseaux, mais aussi modifier la manière dont on consomme de l’énergie. Cela prendra donc beaucoup de temps. Il faudrait d’une part améliorer l’efficacité énergétique du parc automobile avec des véhicules électriques, hybrides ou thermiques optimisés.  Les normes européennes en matière d’émissions de CO2 vont aider mais ce sera long avant de renouveler tout le parc.  Il faudra aussi investir dans l’habitat. Les ménages allemands payent leur unité d’électricité environ deux tiers plus cher que les Français mais ils n’ont pas des factures plus lourdes car ils ont de ce fait mis l’accent sur l’amélioration de la performance énergétique. Là aussi, améliorer le bâtiment en France et faire en sorte que les ménages modestes ne vivent pas dans des passoires thermiques prendra du temps.

Cela n’est-il pas paradoxal de demander aux pays de l’Opep de produire plus alors que l’on sait que le pic pétrolier est pour bientôt? Pourquoi ne cherche-t-on pas des solutions alternatives?

Cela renvoie à la question de l’horizon de temps. A l’horizon de quelques jours ou semaines, l’augmentation de l’offre est la seule solution car la diminution de la demande suppose d’améliorer l’efficacité des véhicules. Néanmoins, il est dans l’intérêt de l’Opep que les prix du pétrole ne montent pas trop car cela pourrait entraver la  reprise économique en Europe et avoir des effets en chaine: si l’activité s’effondrait, le prix du pétrole pourrait chuter brutalement, comme cela s’est produit pendant la chute de Lehman Brothers.

Des centrales à charbon qui ferment dans le nord de la France, c’est aussi ça la transition énergétique? Comment faire accepter le coût social de cette opération?

On a plutôt des raisons d’espérer que de s’inquiéter car l’efficacité énergétique va entraîner des  investissements dans l’habitat, les systèmes de transport, l’organisation des villes, donc dans des domaines dans lesquels on a des savoir-faire et  des compétences, et surtout dans lesquels les  gisements d’emplois sont difficilement délocalisables. Les scénarios les plus plausibles sont ceux de créations d’emplois et d’une dynamique économique autour de cette transition.

Quels sacrifices faudra-t-il faire pour cette transition énergétique? Par quoi seront-ils compensés?

Avant de faire des sacrifices, il faut faire de la pédagogie.  Les citoyens doivent comprendre le système et ses tensions, et accepter l’idée de vivre dans un environnement où le prix de l’énergie est élevé. Il faudra aussi apprendre à calculer différemment en faisant des hypothèses sur l’évolution des prix de l’énergie, par exemple l’intérêt de changer son véhicule deux ans plus tôt pour consommer moins ou pour changer l’équipement de la maison. Il reste que même en étant très malin et en comprenant tout, si on a des bas revenus on ne pourra pas faire les investissements nécessaires et là il y a une vraie politique publique d’accompagnement de ces ménages à développer. C’est un enjeu aussi important que la reconstruction après la Seconde guerre mondiale et il ne faudrait pas que deux tiers de la population entrent dans cette transition et en tirent les bénéfices et qu’un tiers continue à payer l’énergie de plus en plus cher.

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