A pied, à cheval, en voiture ou en bateau à voile, des milliers d'espèces animales ou végétales voyagent tout autour de la Terre. Certains passagers sont clandestins, d'autres déclarés, mais beaucoup sont d'incontrôlables envahisseurs.
A pied, à cheval, en voiture ou en bateau à voile, des milliers d'espèces animales ou végétales voyagent tout autour de la Terre. Certains passagers sont clandestins, d'autres déclarés, mais beaucoup sont d'incontrôlables envahisseurs.

© 2012 AFP

A pied, à cheval, en voiture ou en bateau à voile, des milliers d'espèces animales ou végétales voyagent tout autour de la Terre. Certains passagers sont clandestins, d'autres déclarés, mais beaucoup sont d'incontrôlables envahisseurs. Pour l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), qui se réunit début septembre en Corée du Sud, ces envahisseurs exotiques se classent déjà au troisième rang dans les menaces pesant sur les espèces en voie de disparition. Dans leur contrée d'adoption, ils réussissent en effet à prospérer au détriment de leurs hôtes - flore, faune, activités humaines -, dévorant certains, en délogeant d'autres ou les contaminant avec de nouvelles maladies.

Des «aliens» à l’apparence innoncente

«Les espèces invasives ont un impact majeur dans le monde. Dans certains pays, il est astronomique», résume Dave Richardson, directeur du Centre d'excellence sur la biologie invasive de l'Université de Stellenbosch, en Afrique du Sud. Parfois, il s'agit d'espèces volontairement introduites par l'homme, qui ont échappé à son contrôle: le ragondin élevé pour sa fourrure, qui détruit digues et berges des cours d'eau, ou l'écrevisse américaine, fertile et très résistante, qui a contribué à l'extinction quasi complète des écrevisses autochtones en Europe. L'«alien» peut afficher une apparence bien innocente: l'écureuil asiatique, vecteur de nombreuses maladies, ou le lapin de garenne qui se reproduit à toute allure et ravage les cultures dès lors qu'aucun prédateur naturel ne vient le stopper. D'autres encore, coquillages, vers de terre ou simples champignons, passent inaperçus jusqu'à ce qu'il soit trop tard.

Rien qu'au niveau européen, le projet Daisie (Delivering Alien Invasive Species Inventories for Europe), financé par la Commission européenne, recensait 11.595 "espèces étrangères" à la fin août. Un millier d'espèces marines, 2.400 invertébrés, plus de 6.600 plantes terrestres figurent ainsi dans l'inventaire européen. Et la liste n'en finit pas de s'allonger, à la faveur de l'explosion des échanges commerciaux et des voyages intercontinentaux. Même l'Antarctique, région la plus isolée de la planète, est désormais menacée. Une étude américaine a récemment montré que touristes et chercheurs transportaient à leur insu des graines étrangères, qui risquent fort de s'y implanter au détriment de la flore locale. «La mondialisation de la nature, on aura du mal à l'arrêter», prévient Jean-Philippe Siblet, directeur du Service du patrimoine naturel au Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) de Paris, tout en espérant que les écosystèmes touchés pourront s'adapter sans être trop déséquilibrés.

La pomme de terre et la tomate, des précédents positifs

Selon une estimation datant de 2001, le coût global des déprédations causées par ces espèces atteindrait la somme de 1.400 milliards de dollars. «Il est toujours difficile de mettre un chiffre définitif sur ce genre de choses (...) Mais le coût peut faire boule de neige au fur et à mesure que nous transplantons d'autres espèces dans des régions où on ne les trouve pas à l'état naturel», juge Tim Blackburn, directeur de l'Institut de zoologie à la Société zoologique de Londres. Avec la prise de conscience du danger, Etats et régions commencent à organiser la lutte, mais la coopération internationale fait parfois défaut et «dans bien des cas, les traités et conventions sont inopérants», estime Dave Richardson.

Surtout, les actions à entreprendre sont coûteuses et lourdes, nécessitant un important investissement financier et humain à long terme. Introduire un prédateur ou un insecte pour endiguer un envahisseur est possible, mais risque toujours de faire plus de mal que de bien. En outre, le débat fait rage entre les partisans d'une guerre drastique et ceux qui, comme Jean-Philippe Siblet, prônent une «éradication intelligente». «Toutes les espèces arrivant sur un territoire ne deviennent pas invasives», souligne le biologiste, qui juge qu'«on est peut-être allés trop loin dans la diabolisation de certaines espèces». Dans certains cas, une espèce exotique peut devenir «un enrichissement», dit Philippe Siblet, rappelant que de nombreuses espèces maintenant jugées «autochtones», pomme de terre ou tomate en Europe par exemple, ont été importées.