Des éléphants d'Asie au parc de la Tête d'or, à Lyon, en 2001.
Des éléphants d'Asie au parc de la Tête d'or, à Lyon, en 2001.

Audrey Chauvet

La polémique a débuté en février 2011: deux éléphants porteurs de la tuberculose, résidant au  parc de la Tête d’Or à Lyon, étaient menacés d’euthanasie. Au lendemain de la mort de la dernière éléphante présente dans le parc lyonnais, qui subira une autopsie pour connaître les raisons de sa mort, la question resurgit: la présence d’animaux malades dans les zoos est-elle un risque pour la santé humaine?

Java avait échappé au dépistage

La tuberculose est reconnue comme une zoonose, une maladie transmissible des animaux aux hommes. Cette «maladie légalement réputée contagieuse» peut entraîner l’obligation d’abattre tout le cheptel qui en est atteint. Pour l’homme, le risque de contagion est réel. L’Institut national de médecine agricole explique que «L'infection se transmet des animaux à l'Homme principalement par inhalation d'aérosols ou poussières contaminés par les animaux tousseurs». Ainsi, huit employés d’un refuge du Tennessee, aux Etats-Unis, avaient attrapé la tuberculose en 2011 à cause du nettoyage au karcher de l’enclos d’une éléphante malade qui avait dispersé le virus présent dans son enclos.

A la Tête d’or, le dépistage des éléphants en 2011 avait révélé que Baby et Népal, venues du cirque Pinder, étaient porteurs de la tuberculose. «Ils sont porteurs sains du virus, précise Guillaume Douai, vétérinaire et directeur adjoint du zoo de Lyon. Nous avons alerté les autorités compétentes car même si pour le moment les animaux ne sont pas malades, il faut faire quelque chose. Plusieurs hypothèses ont alors été formulées», explique le vétérinaire, qui insiste sur le fait que ce n’est pas le zoo qui a demandé l’euthanasie mais qu’il s’agissait d’une des solutions prévues par les autorités de l’Etat. Par mesure de précaution, les chemins autour de l’enclos des pachydermes avaient alors été fermés et pendant plusieurs mois la polémique a été vive entre le cirque et la ville de Lyon, qui lui demandait de reprendre les éléphants.

Java, l’éléphante morte ce mardi, n’avait jamais pu être soumise aux tests en raison de son grand âge, explique Guillaume Douai, malgré son voisinage avec les animaux porteurs de la tuberculose. Selon Le Progrès, les premières observations sur le corps de Java ont révélé des lésions qui pourraient être liées à la tuberculose. «Elle présente des lésions diverses typiques d’un vieil animal, nuance le vétérinaire du zoo de Lyon. On ne rien savoir tant que les analyses ne sont pas faites.»

Une polémique qui dérange

Faut-il fuir les zoos de peur d’attraper une maladie? Les vétérinaires semblent s’accorder pour dire que les personnes les plus exposées restent les soigneurs et tous ceux qui travaillent au contact direct des animaux. De plus, la plupart des zoos observent une période de quarantaine avant d’exposer leurs nouveaux pensionnaires au public, conformément à l’arrêté du 25 mars 2004 qui régit les zoos français.  Dans le cas du parc de la Tête d’Or, chacun se rejette la faute: les associations de protection des animaux reprochent aux cirques de détenir des animaux malades, le cirque Pinder affirme que les animaux étaient en bonne santé lors  de leur arrivée à Lyon, et le zoo pourrait être amené à euthanasier des éléphants malades pour éradiquer tout foyer de contamination. Chez les vétérinaires de zoos, cette affaire gêne: aucun des autres parcs zoologiques contactés par 20 Minutes n’a souhaité s’exprimer sur ce sujet, visiblement plus «politique» que scientifique.

Selon les dernières données de l’Institut national de veille sanitaire, 5.187 cas de tuberculose humaine ont été déclarés en 2010 en France, dont la majorité en Ile-de-France et chez les personnes sans domicile fixe. Les cas de tuberculose transmise par des animaux ne sont qu’exceptionnels.