Audrey Chauvet

Peut-on être écologiste et favorable à l’abattage des loups? La question se pose après les déclarations de l’eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts (EELV) José Bové. Interrogé par une radio lozérienne mi-juillet, il a déclaré: «Si le loup risque d’attaquer un troupeau, la meilleure façon de faire, c’est de prendre le fusil et de tirer.» Des propos démagogiques pour amadouer les éleveurs, accuse l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), qui a porté plainte contre José Bové pour «incitation au braconnage envers une espèce protégée».

Aucune attaque mais la peur enfle en Lozère

Depuis le mois de juin, des photos agitent les éleveurs de Lozère: un loup aurait été vu dans le département, haut lieu d’élevage ovin. Des manifestations ont eu lieu à Florac contre la présence du loup et le monde agricole est vent debout. Un vent qui semble avoir poussé José Bové à prendre parti en faveur des éleveurs, une position étonnante pour un élu écologiste. «On ne peut pas dormir la nuit avec la menace du loup, a déclaré l’eurodéputé. Ce qui se passe dans les Alpes est intenable pour les éleveurs, et si cela se passe dans les Cévennes ce sera intenable. Est-ce qu’on veut encore des bergers dans les Cévennes et les Causses ou pas?»

Une opposition entre élevage et présence des loups complètement caricaturale pour l’Aspas. «Ce n’est pas l’animal à la place de l’homme, réagit Pierre Athanaze, le président de l’Aspas, interrogé par 20 Minutes. Depuis des années, nous travaillons à une cohabitation, qui est la seule solution possible puisque l’éradication du loup est interdite par la réglementation européenne.» Espèce protégée, les quelque 200 loups de France ne peuvent faire l’objet de tirs de prélèvement que lorsque les attaques de troupeaux sont trop fréquentes. Or en Lozère, aucune attaque n’a encore eu lieu.

«S’il veut aider les éleveurs, il vaudrait mieux regarder du côté des importations»

Si les loups gagnaient du terrain, l’Aspas estime que des techniques efficaces permettraient de protéger les élevages de brebis. «C’est typiquement le genre d’élevage qui sera très facile à protéger, assure Pierre Athanaze, car ce sont de petits troupeaux laitiers qui sont rassemblés deux fois par jour pour la traite, et avec des chiens de protection il ne devrait pas y avoir de problème.» Les loups pourraient même avoir un effet bénéfique pour la forêt de Lozère en régulant la population d’ongulés (cerfs, biches…). «Pourquoi donner la priorité aux éleveurs et dire aux sylviculteurs de se débrouiller?», argue Pierre Athanaze, forestier de profession.

L’Aspas en est convaincue, José Bové a cédé à la démagogie. Mais «si son combat est d’aider les éleveurs et sortir la filière de la crise, il vaudrait mieux regarder du côté des importations de Nouvelle-Zélande ou d’Australie qui font baisser le prix du mouton», poursuit le président de l’association. La FNSEA ne l’entend pas de cette oreille et se félicite des déclarations de José Bové: «Chaque année, les attaques sur les troupeaux progressent. Cette situation entraîne de graves dégradations des conditions de travail et de vie des bergers, écrit le syndicat dans un communiqué. Au moment où il est évident que le loup n’est plus une espèce menacée d’extinction au sens de la convention de Berne et face à un coût annuel d’indemnisations des pertes d’animaux de plus de 10 millions d’euros dans un contexte de rigueur budgétaire, la FNSEA estime que des décisions de bon sens sont à prendre.»

Reste que de la part d’un élu écologiste, ces déclarations choquent. «Il appelle à détruire la nature alors que les gens qui ont voté pour lui l’ont fait pour la préserver», souligne Pierre Athanaze. Loin des positions plus mesurées prônant la cohabitation entre hommes et faune sauvage, José Bové s’expose maintenant à une condamnation en justice. Mais si cela pouvait arrêter José Bové, ça se saurait.