Accusée d'être le "garde manger" des requins et responsable de la recrudescence de leurs attaques, la Réserve marine de la Réunion réfute ces critiques avec force, mettant en avant la faible augmentation de poissons dans le sanctuaire, depuis sa création en 2007.
Accusée d'être le "garde manger" des requins et responsable de la recrudescence de leurs attaques, la Réserve marine de la Réunion réfute ces critiques avec force, mettant en avant la faible augmentation de poissons dans le sanctuaire, depuis sa création en 2007. - Mustafa Ozer afp.com

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Accusée d'être le «garde manger» des requins et responsable de la recrudescence de leurs attaques, la Réserve marine de la Réunion réfute ces critiques avec force, mettant en avant la faible augmentation de poissons dans le sanctuaire, depuis sa création en 2007. Au fil de la multiplication des attaques de requins - sept au total dont trois mortelles en treize mois (la dernière le 24 juillet) - la Réserve naturelle nationale marine de la Réunion (RNNR) est devenue la principale cible de surfeurs et d'usagers de la mer qui l'accusent d'être à l'origine de la prolifération des requins près des côtes. «C'est une évidence», disent de nombreux pêcheurs qui se plaignent de plus en plus de voir leurs prises à moitié dévorées par les requins quand ils remontent leur ligne. «Ils bouffent tous nos poissons», affirme Jean-René Enilorac, le président du Comité des pêches.

Une réserve «au beau milieu d’une zone balnéaire»

Nicolas Hoarau, pêcheur depuis 40 ans à Saint-Paul a, lui, observé que les requins viennent «de plus en plus près des côtes», attirés par les poissons de la Réserve ou ceux qui se rassemblent près des bouées délimitant son périmètre. «Mettre une réserve au beau milieu d'une zone balnéaire, c'est unique au monde», s'est insurgé Amaury Lavernhe, champion du monde de bodyboard, qui constate que les 3.500 hectares du site, s'étendant de Saint-Paul (ouest) à Etang-Salé (sud), englobent toute la côte ouest où se concentrent les plages et les activités nautiques.

Pêcheurs et surfeurs en sont persuadés: la Réserve est devenue le «garde-manger» du prédateur, accusation reprise par le maire de Saint-Leu, Thierry Robert qui a publié lundi un arrêté autorisant la pêche au requin dans la Réserve «par tous moyens». Le lendemain, Thierry Robert a retiré son texte après avoir obtenu l'assurance du ministre des Outre-mer Victorin Lurel que l'Etat prendra à sa charge et encadrera l'opération de pêche en participant à la rémunération des professionnels. «Rien ne permet d'affirmer que la Réserve serait à l'origine de la présence des requins». Selon Thierry Robert, le ministre, dont la prise de position a été dénoncée par les écologistes, s'est également engagé à mener une «étude sérieuse en vue d'une révision du périmètre de la Réserve».

Un «raisonnement spéculatif»

Plusieurs maires de l'ouest et du sud ont apporté leur soutien à leur collègue de Saint-Leu et demandé aux responsables de la Réserve «d'écouter les usagers de la mer». «Sinon on va exaspérer la population», a prévenu le maire des Avirons, Michel Dennemont. «Rien aujourd'hui, en l'état de connaissances vérifiées, ne permet d'affirmer que la Réserve serait à l'origine de la présence des requins sur les côtes réunionnaises», avait assuré la semaine dernière la préfecture, après une manifestation des surfeurs. Le préfet avait rappelé que la pêche est autorisée presque partout dans la réserve, hormis la zone de «protection intégrale» qui représente 5% seulement de sa superficie.

Pour le Conseil scientifique de la Réserve, la prolifération des requins ne peut provenir de celle-ci pour la simple raison que les poissons «ne sont pas encore au rendez-vous». La Réserve compte, en fonction des zones, 200 à 400 kg de poisson par hectare. C'est «trois fois moins» que sur la plupart des récifs indo-pacifiques, constate Roland Troadec, vice-président du Conseil scientifique. «Relier une augmentation des attaques de requin à l'effet Réserve relève d'un raisonnement spéculatif», s'indigne-t-il.

Pour une autre scientifique de la Réserve, Pascale Chabanet, ce sont les rejets des déchets en mer dus à l'urbanisation qui peuvent expliquer que les requins s'approchent si près des récifs qui ne sont «pas leur milieu de prédilection». «Si les pêcheurs viennent pour attraper le requin dans la Réserve, ils vont en pêcher très peu», prédit de son côté Marc Soria, chercheur à l'IRD (Institut de recherche pour le développement) et coordinateur de l'étude financée par l'Etat pour connaître le comportement des requins. Depuis décembre, une vingtaine de requins ont été marqués avec des balises acoustiques pour suivre leurs déplacements. «C'est la seule façon de comprendre ce qui se passe. Si certains de ces requins marqués sont tués, il va falloir tout recommencer», s'inquiète Marc Soria.