Le site de retraitement des déchets nucléaires à La Hague.
Le site de retraitement des déchets nucléaires à La Hague. - SIPA

Audrey Chauvet

Non contente de devoir gérer plus d’un million de mètre cubes de déchets radioactifs produits sur son sol, la France accueille les combustibles usagés de ses voisins européens. Le convoi en provenance d’Italie, arrivé ce mercredi à La Hague, est un des multiples transports de matières radioactives vers l’usine d’Areva où elles sont retraitées.

Plus de 10.000 tonnes de déchets acheminés et traités à La Hague

Selon l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), «Areva assure depuis plus de quarante ans, sur son site de La Hague, le retraitement de combustibles nucléaires usés en provenance de réacteurs à eau appartenant à des compagnies d’électricité étrangères ou à des instituts de recherche, dans le cadre d’accords intergouvernementaux». Allemagne, Pays-Bas, Japon, Belgique, Suisse, Australie et Italie envoient ainsi leurs combustibles usagés en France, en vertu d’accords intergouvernementaux et de contrats commerciaux signés entre Areva et les exploitants des centrales étrangères.

Ainsi, au 31 décembre 2010, Areva comptait plus de 10.000 tonnes d’uranium et de plutonium acheminés et traités à La Hague en provenance de l’étranger, dont 45 tonnes à venir d’Italie d’ici à 2015. «La France est un des rares pays à maîtriser tout le cycle du combustible nucléaire, explique le service de presse de l’ASN. Une partie est valorisable et le reste doit repartir à l’envoyeur.»

Retraiter pour produire du Mox

En effet, selon la Convention commune des Nations unies sur le combustible usé et les déchets radioactifs , chaque pays doit stocker ses déchets nucléaires. Une directive européenne adoptée en juillet 2011 précise que les Etats membres devront présenter des programmes détaillés de stockage à la Commission en 2015. En France, la loi interdit en conséquence d’importer des déchets radioactifs pour les stocker.

Mais il y a déchets et déchets: à La Hague, on récupère les 1% de plutonium présents dans les combustibles usés pour les re-mélanger avec de l’uranium appauvri et fabriquer le fameux Mox, ce combustible qualifié de «matière la plus dangereuse de la planète» par Greenpeace après la catastrophe de Fukushima. Vingt-deux réacteurs français tournent au Mox. La centrale japonaise, elle, importait son Mox d’une usine de retraitement britannique.

L’Italie «repousse la question» des déchets à plus tard

Une fois la partie «récupérable» dissociée, Areva renvoie les déchets ultimes à leur expéditeur. Sauf s’ils n’ont pas de centre de stockage, ce qui est le cas de l’Italie. Les déchets italiens arrivés mercredi à La Hague doivent y retourner «vers 2020 ou 2025», mais le gouvernement italien n'a pas encore de solution pour les stocker, a souligné le réseau Sortir du Nucléaire.

«En Italie comme en France, le nucléaire est une impasse: on ne sait plus quoi faire des déchets nucléaires. Alors qu'en France, les autorités souhaiteraient les enfouir à 500 mètres sous terre à Bure dans la Meuse, en Italie, en attendant de trouver une hypothétique solution, on les envoie en France afin de repousser la question de leur gestion dans le temps», déplore l’association qui a décidé de contester la légalité de ce transport et rappelle que lors «du premier transport de combustible usé italien vers l'usine de La Hague, l’ASN avait tenu «à rappeler publiquement ses réserves» sur l’accord intergouvernemental encadrant ces transports». Si l’Italie n’est pas prête à stocker ses déchets d’ici à 2025, ils pourraient bien rester en France et venir s’ajouter aux milliers de mètres cubes de matières radioactives qui devront être enterrées.