Epandage de pesticides sur des bananiers en Guadeloupe.
Epandage de pesticides sur des bananiers en Guadeloupe. - SIPA

Audrey Chauvet

Fini les dérogations. Ce lundi, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, interrogé par France Inter, s’est opposé aux nombreuses dérogations autorisant les agriculteurs à asperger leurs champs de produits phytosanitaires: «L'objectif, c'est de ne plus avoir recours à l'épandage du tout», a-t-il déclaré. Si la vaporisation de produits chimiques par voie aérienne est interdite en France, de nombreuses dérogations autorisent les agriculteurs à la pratiquer.

Contaminations à 1km à la ronde

Mais pour les associations de protection de l’environnement, ces épandages présentent un danger pour la santé humaine. Ainsi, en février 2011, l’association Générations futures révélait les résultats d’une étude américaine selon laquelle les pesticides peuvent avoir un impact dans un rayon d'un kilomètre autour du lieu d'épandage et même contaminer les moquettes dans les maisons. «Ces résultats montrent qu'il faut absolument conserver l'arrêté du 12 septembre 2006» qui n'autorise l'épandage de ces produits que si la vitesse du vent ne dépasse pas la force 3 (19km/h) sur l'échelle de Beaufort, soulignait alors l'association.

Après un procès perdu par les associations contre des pomiculteurs accusés d’avoir aspergé leurs vergers alors que le vent dépassait les 20km/h, une nouvelle circulaire, en date du 5 mars 2012, est venue élargir encore les possibilités d’épandage.  Le ministère de l’Agriculture, alors aux mains de Bruno Le Maire, autorisait les directions régionales et départementales de l’agriculture à accorder des dérogations pour quatre fongicides, un insecticide et un stimulateur de défenses naturelles pour les bananes et le riz, contrairement aux principes adoptés par la loi Grenelle.

800 épandages par an, principalement outre-Mer

En 2012, près de 800 épandages aériens ont été autorisés, selon les chiffres recueillis par une mission d'information du Sénat sur les pesticides, publiée en avril 2012. La majorité a lieu en Outre-mer, sur les plantations de bananiers. Mais les départements de métropole ne sont pas en reste: «Haute-Garonne, Lot-et-Garonne, Gers, Loiret, etc. Ces préfectures ont autorisé les épandages de pesticides par voie aérienne sur du maïs pour l'été 2012. D'autres départements seraient en passe de les suivre. En Rhône-Alpes et en Bourgogne, les dérogations sont nombreuses sur la vigne», déplorent plusieurs associations et syndicats (Confédération Paysanne, Agir pour l'environnement, Générations futures,…).

Ainsi, l’autorisation préfectorale accordée dans les Landes le 18 juillet pour épandre  des pesticides sur le maïs a provoqué la colère des écologistes et des apiculteurs. Selon Olivier Fernandez, président des apiculteurs de Midi-Pyrénées, la mortalité des abeilles serait liée aux pesticides et au non-respect des précautions imposées lors des épandages: absence de balisage, manque d’informations des voisins et pulvérisation sur des plantes en pleine floraison.  Et il n’y a pas que les abeilles qui trinquent, selon les associations environnementales: «Ce mode d'application présente des risques sanitaires réels pour les riverains. Les produits susceptibles d'être utilisés comportent des matières actives cancérigènes, des perturbateurs endocriniens ou des substances entraînant un risque d'effets néfastes pour le développement prénatal de l'enfant. Et dans la majorité des cas, la distance de sécurité de 50m n'est pas de nature à rendre ces risques acceptables», écrivent-elles.