A cause de la sécheresse, la terre est craquelée à certains endroits, comme ici près d'Ancenis en Loire Atlantique, le 22 mai 2011.
A cause de la sécheresse, la terre est craquelée à certains endroits, comme ici près d'Ancenis en Loire Atlantique, le 22 mai 2011.

Audrey Chauvet

On aurait plutôt tendance à s’en réjouir, mais l’augmentation des températures moyennes en France de +2°C à +3,5°C d’ici à 2085 va modifier considérablement le visage du pays. Agriculture, tourisme, bâtiment, industries… vont devoir s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, dont Météo France donne un aperçu sur son nouveau portail Internet «Drias, les futurs du climat». Selon ces projections, les vagues de chaleur vont devenir monnaie courante en France: en 2035, l’Est de la France connaîtra environ quarante à cinquante jours de températures anormalement élevées durant l’année (soit cinq degrés de plus que la moyenne saisonnière actuelle). En 2085 on atteindra 80 jours de grosse chaleur sur la moitié de la France, au sud d’une ligne Nancy-Toulouse. Parallèlement, les jours de pluie seront plus rares: toutes les régions françaises n’ouvriront le parapluie que 60 à 130 jours par an. La Bretagne pourrait devenir aussi sèche que la Côte d’Azur d’ici à 2085.

Cultiver en arrosant moins

Premier impact, le manque d’eau va se faire cruellement sentir. Avec des restrictions d’usage plus sévères, l’irrigation de certaines cultures va devenir problématique et les agriculteurs vont devoir se tourner vers des espèces moins assoiffées. Les climatologues estiment en outre qu’une augmentation de +1°C des températures entraînera un déplacement des cultures de 180kms vers le nord: la lavande provençale pourrait remonter le long du Rhône tandis que le vin de Bourgogne connaîtra un degré plus élevé d’alcool et des vendanges de plus en plus précoces. Il faudra peut-être même changer de cépages. A coup sûr, le vin de demain n’aura pas le même goût.

Economiser l’eau

Pour les particuliers, la piscine privée n’est certainement pas un investissement d’avenir, et pour les industriels, il faudra se pencher sur des systèmes de circuits fermés permettant de réutiliser l’eau. Si le niveau des cours d’eau baisse, les centrales nucléaires vont également devoir réfléchir à d’autres moyens de refroidissement

Feux de forêt en Sologne

Pour les forêts françaises, le changement de climat va entraîner de profonds bouleversements. Les forestiers pensent déjà à planter des espèces d’arbres mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques. Le risque d’incendies va également s’accroître: les feux estivaux ne seront plus l’apanage du sud de la France mais pourraient gagner la Sologne ou la forêt de Fontainebleau.  

Ca va pas fort…

Avec la chaleur arriveront les insectes: moustiques porteurs de la dengue, du chikungunya ou du paludisme pourraient arriver en France d’ici quelques dizaines d’années. Les pollens pourraient se disséminer plus rapidement et de nouveaux allergènes pourraient faire leur apparition. Enfin, la multiplication des canicules imposera de mettre en place de sérieux plans de lutte contre la mortalité estivale.

Echange parapluie contre chapeau de paille

Fini les vacances au frais en Bretagne et le ski à moins de 1.500m d’altitude: la chaleur va modifier en profondeur les activités touristiques en France. Les stations de moyenne montagne vont certainement devoir s’orienter vers l’escalade ou la randonnée, et les accros à la Bretagne vont devoir échanger leur parapluie contre un chapeau de paille.

Les pieds dans l’eau de mer

Dans certaines régions, l’élévation d’environ 1m du niveau de la mer pourrait causer de sérieux problèmes: en Languedoc-Roussillon, les experts estiment que plusieurs milliers de bâtiments se retrouveront les pieds dans l’eau.