Les toilettes sèches à l'assaut des festivals et des tabous

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Publié le 21 juillet 2012.

Souvent synonymes de trou fétide au fond du jardin ou d'invention de baba-cool, les toilettes sèches - sans chasse d'eau - ont pourtant conquis les festivals de l'été, où le public les a adoptées sans trop rechigner, contribuant à briser peu à peu les tabous.

Leur présence dans de nombreux festivals - une spécificité française - "est un vecteur extrêmement efficace" de sensibilisation à ces toilettes écologiques, se félicite Benjamin Berne, chef de projet à l'association Toilettes du Monde.

Non-pollution de l'eau par les matières fécales, économies d'eau potable et constitution d'un compost de qualité à partir des déjections sont les principaux atouts de ces toilettes - par ailleurs silencieuses et inodores - mis en avant par leurs promoteurs.

Séduit, le festival breton des Vieilles Charrues, fréquenté quotidiennement par 60.000 personnes en cette fin juillet, est ainsi passé de 10 cabines en 2005 à 120 en 2012.

Un choix qui ravit son directeur, Loïck Royant: "il y a une vraie adhésion" du public, après une première année en demi-teinte "où les gens pensaient qu'on retournait aux toilettes de grand-mère au fond du jardin".

Elles "ne sentent rien, contrairement aux toilettes chimiques", relève M. Royant.

Côté économies d'eau, le choix s'avère intéressant: "au grand minimum 200 m3 d'eau économisée", estime Quentin Sibérit, attaché de production "développement durable" des Vieilles Charrues. Soit environ la consommation moyenne annuelle d'une famille de quatre personnes.

Sur les 120 cabines du festival, 90 sont louées à un prestataire extérieur. Une activité quasiment inexistante il y a cinq ans mais qui connaît désormais "un développement important" même si "le marché reste encore limité", affirme Toilettes du Monde. En France, où "3.000 à 6.000 foyers sont équipés" de toilettes sèches, l'association a recensé "une centaine de structures spécialisées" aux noms évocateurs: la Foire du Trône, Les copeaux d'abord, Libertamer...

Louche de sciure

L'activité "monte petit à petit", confirme Fabien Lucas, responsable des "Fabulous Toilettes" à Saint-Nazaire. "Des particuliers se rendent compte qu'il ne s'agit pas d'une invention farfelue réservée aux babas cool", explique-t-il. "Ils voient le côté écolo mais aussi pratique: il n'y a pas besoin de raccordement au réseau d'assainissement. Donc, on fait des économies sur l'installation de plomberie, et sur l'eau potable", détaille-t-il.

Surtout, avec des toilettes classiques, "pour un tout petit caca, on va engendrer une pollution énorme en termes de nitrates et de phosphore, alors qu'on peut le composter et éviter d'utiliser des engrais coûteux et polluants. Mais on préfère appuyer sur le bouton...", regrette-t-il.

Car si l'utilisation des toilettes sèches est simple - il suffit de mettre du papier hygiénique dans la cuvette, ouverte sur un seau en inox, et de couvrir le tout d'une louche de sciure pour anéantir les odeurs - leur entretien implique quelques contraintes, reconnaît Estelle Rolland, gérante du bureau d'études Aqualogik.

Pour quatre personnes, "on vide le seau tous les 3 ou 4 jours dans le compost - où les germes pathogènes sont détruits - avant de le laver à l'eau et au vinaigre blanc", explique-t-elle.

"Ca prend au maximum 15 minutes, mais il faut être disponible et avoir un jardin", admet-elle, convaincue pourtant que cette alternative à la chasse d'eau représente "une solution d'avenir".

Reste que les réticences ont la peau dure: il est vrai que "ma belle-soeur +évite+" ce petit coin: "elle sait que c'est nous qui vidons le seau", relève Estelle Rolland.

© 2012 AFP
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