La sécheresse sévit dans le Tarn, le 13 juin 2011.
La sécheresse sévit dans le Tarn, le 13 juin 2011.

Christophe Quélais

La sécheresse crainte pour cet été n’aura finalement pas lieu. Alors qu’au mois de mars, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) relevait que 80% des nappes phréatiques étaient à un niveau inférieur à la normale, désormais, «la moitié des réservoirs [d'eau souterraine] (48%)  affichent un niveau normal à supérieur à la normale». Explications avec Philippe Vigouroux, hydrogéologue au BRGM, responsable du bulletin de situation hydrogéologique.

Quelle est la situation aujourd’hui?

La carte du BRGM présente une situation satisfaisante pour les grandes nappes de l'Est et du Sud-Est du pays, des niveaux inférieurs à la normale dans le Nord, le Bassin parisien et le long de la Garonne, et des excédents en Vendée et dans les Landes. Un seul point noir: la nappe de la craie de la Touraine. Dans cette zone, «l’incidence des pluies de printemps a été moins forte. On partait de très bas», explique Philippe Vigouroux. C’est d’ailleurs la seule zone où l’évolution récente du niveau est à la hausse, grâce aux dernières pluies, malgré le début de la période estivale.

Que s’est-il passé?

Les nappes phréatiques reprennent des forces habituellement grâce aux précipitations d’hiver. Mais «nous avons constaté en mars dernier que cette recharge était très déficitaire», rappelle l’hydrogéologue. D’où l’inquiétude pour l’été à venir, période où le niveau des nappes d’eau souterraine est normalement à la baisse. «Les nappes ont cependant bien bénéficié de la période de pluies de mai et juin», observe Philippe Vigouroux. Une part de ces précipitations a permis à la végétation de couvrir ses besoins, une deuxième est partie dans les eaux de ruissellement et une troisième a réalimenté les nappes. C’est cette dernière part qu’on appelle «les pluies efficaces».

Pourquoi la carte de la situation des nappes phréatiques ne correspond-elle pas forcément à celle des arrêtés de restriction?

Même si la situation s’est améliorée dans le Bassin parisien, des arrêtés de restriction de consommation d’eau subsistent notamment en Seine-et-Marne, dans l’Essonne, le Val-de-Marne. Dans cette zone, «une attention particulière est apportée au rechargement des nappes, car elles sont situées davantage en profondeur». Dans l’Eure et en amont de la Garonne, les arrêtés ont plutôt pour but de réserver une quantité d’eau suffisante en surface pour préserver les zones humides. Ici, ils ne correspondent pas forcément au niveau de recharge de la nappe.

Ce phénomène de retard de recharge des nappes peut-il se renouveler?

S’il est vrai que la situation a été sensiblement la même en 2010-2011 (des précipitations faibles en hiver et un rattrapage au printemps), on ne peut, pour le moment, que constater cette similarité, répond l’hydrologue.