Un champ de camomille d'Yves Rocher, à La Gacilly, dans le Morbihan, en juin 2012.
Un champ de camomille d'Yves Rocher, à La Gacilly, dans le Morbihan, en juin 2012. - A.Chauvet - 20 Minutes

Audrey Chauvet

Sous le soleil breton, les champs de camomille illuminent le paysage de leur jaune doré. A La Gacilly, le village natal d’Yves Rocher dans le Morbihan, près de 30% des matières premières utilisées dans les cosmétiques de la marque sont cultivées selon les principes de l’agriculture biologique: camomille, bleuet, calendula, mauve, arnica et capucines poussent près des usines d’Yves Rocher. Mais dans les magasins, seulement une gamme affiche le label «bio».

Baptisée Culture Bio, elle a été lancée en 2004 sous le label Cosmebio, qui certifie que 95% des ingrédients sont issus de l’agriculture biologique. Mais cette gamme, même si elle sera complétée par de nouveaux produits labellisés en 2013, ne reste qu’une goutte d’eau dans l’offre d’Yves Rocher. «La labellisation impose des contraintes. Nous ne voulons pas nous obliger à tout supprimer», explique Anne Lokiec, responsable des relations publiques chez Yves Rocher. Parabènes et produits chimiques divers viennent donc s’additionner aux quelques pourcents de produits naturels dans les crèmes et les soins.

De la Bretagne à Madagascar

Pourtant, la marque a tout pour faire valoir un engagement en faveur de la nature: à La Gacilly, les champs de camomille bio sont cultivés à l’aide de chaux, de fumier, de compost et avec le soutien des coccinelles qui débarrassent les plantes des pucerons. «Nous respectons une rotation des plants pour casser le cycle des parasites et nous utilisons un couvert végétal de lupin et de sarrasin pour apporte de l’azote au sol», explique Flore Josse, agronome à La Gacilly. «Le maintien de cette agriculture bio en Bretagne permet de garder le contact avec la terre et les plantes, mais c’est aussi un vrai choix économique car une grande partie des plantes pourrait être sourcée dans d’autres pays d’Europe», précise Elise Rebut, responsable de la communication scientifique et biodiversité chez Yves Rocher.

Le modèle breton a d’ailleurs permis d’élargir les pratiques du groupe à d’autres lieux d’approvisionnement. Ainsi, à Madagascar, la marque s’est engagée avec la population locale à développer la culture du saro, un petit arbuste utilisé pour la fabrication des gommages. «L’idée est de valoriser les plantes pour inciter à conserver la forêt et de rétrocéder une partie de la valeur ajoutée par nos recherches à la communauté», poursuit Elise Rebut. L’usine de distillation d’huile essentielle est devenue la propriété des habitants de la région qui peuvent vendre le saro transformé aux groupes cosmétiques. «Nous ne déposons aucun brevet sur des connaissances traditionnelles et nous aidons les producteurs à trouver d’autres débouchés que nous car lorsque nos gammes changent, il faut qu’ils aient diversifié leurs revenus», assure Elise Rebut. «Nous essayons de multiplier les belles histoires comme celle de Madagascar», conclut-elle. Sans en raconter aux clients.