Le site de retraitement des déchets nucléaires à La Hague.
Le site de retraitement des déchets nucléaires à La Hague. - SIPA

Audrey Chauvet

Attention, terrain miné. 1,32 million de mètres cubes de déchets radioactifs ont été produits en France à la fin 2010, révèle l’inventaire national réalisé par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) publié ce mercredi. Réalisé tous les trois ans, ce document offre une photo de l’ensemble des matières et déchets radioactifs précisant leur nature, leur quantité et leur localisation sur le territoire.

0,2% des déchets représentent 96% de la radioactivité

Issus à 59% de la production d’électricité nucléaire, les déchets sont classés selon leur niveau de radioactivité et leur durée de vie. Les plus dangereux sont les déchets à haute activité issus du traitement des combustibles usés. A la fin de l’année 2010, la France en comptait 2.700m3, vitrifiés et entreposés dans des tubes en inox sur les sites de La Hague et de Marcoule. Ils ne représentent que 0,2% des déchets nucléaires français mais 96% de la radioactivité stockée.

S’ils sont d’un degré de radioactivité moins élevé, les déchets de faible et moyenne activité à vie courte représentent eux 63% des déchets stockés: on compte en France 830.000m3 de produits utilisés dans l’exploitation et la maintenance des installations nucléaires (vêtements, outils, gants, filtres, effluents liquides ou gazeux…). Ils sont aujourd’hui majoritairement entreposés dans un site souterrain de l’Aube, qui en recueille 10.000m3 supplémentaires chaque année.

Suivre le rythme des démantèlements

Pour l’édition 2012 de l’inventaire, l’Andra s’est penché sur l’avenir: «Nous avons étudié deux scénarios: que se passerait-il en cas de poursuite de la production nucléaire avec des réacteurs ayant une durée de vie de cinquante ans et en cas de non-renouvellement du parc après quarante ans d’activité», explique Marie-Claude Dupuis, directrice générale de l’Andra. Car avec l’objectif du gouvernement de réduire la part du nucléaire dans l’électricité française de 75 à 50%, la gestion des déchets va devoir suivre le rythme des démantèlements.

«En cas de poursuite de la production, on arrive à 10.000m3 de déchets à haute activité après 2030 contre 90.000m3 en cas de non-renouvellement», chiffre Michèle Tallec, responsable de l’inventaire à l’Andra. Toutefois, pas d’inquiétude à avoir rassure Marie-Claude Dupuis: «Ces déchets sont très irradiants et nécessitent de grands espaces pour être stockés. Nous avons la place dans une zone entre la Meuse et la Haute-Marne où nous connaissons bien 30km² de sol calcaire.» Un nouveau centre de stockage, baptisé Cigéo (Centre industriel de stockage géologique) sera soumis au débat public en 2013 pour une entrée en service en 2025. «Ce projet est flexible et adaptable aux choix de politique énergétique», assure Marie-Claude Dupuis, qui estime à 100 millions d’euros par an le coût de la construction de ce nouveau site de stockage profond. L’argent viendra de la poche des producteurs de déchets, en vertu du principe pollueur-payeur.

«On ne s’est pas posé la question avant»

Mais ce site ne verra le jour que si les voisins acceptent de côtoyer ce cimetière de combustibles radioactifs. Christine Gilloire, représentante de France Nature Environnement (FNE) qui a participé au comité consultatif formé pour la réalisation de l’inventaire, rappelle que «ces déchets resteront dangereux très longtemps. Comment être sûr qu’ils n’auront pas de conséquences sur les générations futures? On ne s’est pas posé la question avant de s’engouffrer dans la voie du nucléaire».

L’inventaire, réalisé sur la base des déclarations des producteurs de déchets (EDF, Areva, CEA), est consultable en ligne, ainsi que des cartes de France permettant de visualiser les lieux de stockage ou d’enfouissement des déchets.