Les lignes à haute tension, si elles alimentent régulièrement l'inquiétude de riverains et sont stigmatisées pour leur impact sur les paysages, peuvent aussi avoir du bon pour la nature en permettant à des plantes ou fleurs rares de s'épanouir sous les câbles électriques.
Les lignes à haute tension, si elles alimentent régulièrement l'inquiétude de riverains et sont stigmatisées pour leur impact sur les paysages, peuvent aussi avoir du bon pour la nature en permettant à des plantes ou fleurs rares de s'épanouir sous les câbles électriques. - Patrick Valasseris afp.com

© 2012 AFP

Les lignes à haute tension, si elles alimentent régulièrement l'inquiétude de riverains et sont stigmatisées pour leur impact sur les paysages, peuvent aussi avoir du bon pour la nature en permettant à des plantes ou fleurs rares de s'épanouir sous les câbles électriques.

"On se rend compte que ces milieux, même s'ils ne sont pas attractifs au premier abord, peuvent abriter une flore très intéressante", explique à l'AFP Clémence Salvaudon, botaniste qui a arpenté pendant trois ans quelque 330 km de lignes en Ile-de-France.

Pour le Conservatoire botanique national du Bassin parisien, service scientifique du Muséum national d'Histoire naturelle, elle a recensé 716 espèces végétales, soit près de la moitié de la biodiversité connue dans la région.

L'inventaire, fait à la demande de RTE, la filiale d'EDF qui gère le réseau haute et très haute tension, a répertorié 270 espèces rares, dont 18 protégées régionalement ou nationalement.

Parmi ces plantes ou fleurs remarquables: le Polygala chevelu, espèce qui n'avait pas été observée en Ile-de-France depuis 1960, ou encore l'OEillet superbe, découvert dans la vallée de la Seine dans le sud de la Seine-et-Marne.

La présence inattendue d'une flore variée et riche sous les câbles électriques s'explique, pour Clémence Salvaudon, par les coupes d'arbres régulières, tous les quatre ans environ, faites sur le tracé des lignes en forêt pour éviter que les arbres ne viennent provoquer des courts-circuits.

Ces coupes "permettent l'arrivée de la lumière dans un milieu fermé et, du coup, permettent à une flore de s'exprimer", note-t-elle.

"Certains types de prairies ou de pelouses peuvent s'installer et, vu que ce sont des milieux en raréfaction, des espèces vont y trouver un milieu refuge", explique la botaniste, estimant que ces lignes sont ainsi moins "fragmentantes" que des autoroutes ou des lignes TGV.

Impacts sur les oiseaux

Au-delà de l'inventaire, des recommandations ont été formulées.

A certains endroits, sont ainsi préconisées des coupes au mois d'août pour respecter le cycle biologique d'espèces données. Dans d'autres, de faire des entretiens plus fréquents pour laisser l'espace très ouvert.

Ailleurs, la botaniste conseille d'enlever les déchets verts (branches, herbes) qui, en se décomposant, font un engrais favorisant la prolifération des espèces "banales" au dépend de plantes plus rares et plus fragiles.

A l'échelle du réseau de RTE -- 80.000 km de couloirs de lignes dont 20% en zones forestières --, environ 80.000 hectares pourraient ainsi devenir de véritables "réservoirs" de biodiversité végétale, calcule Jean-François Lesigne, responsable de l'environnement chez RTE.

En parallèle, souligne le responsable, l'entreprise agit aussi pour limiter l'impact de ses lignes sur les oiseaux, en équipant notamment ses installations de balises, et combat l'effet de "coupure" en forêt en "étageant" les bordures des "couloirs de lignes" avec différentes hauteurs de tailles des arbres.

Des efforts certains pour "verdir" son activité alors que les lignes suscitent des inquiétudes régulières en termes de paysages mais aussi de santé: en Normandie, par exemple, des éleveurs ont saisi la justice en accusant l'opérateur de rendre leurs vaches malades avec une ligne à très haute tension.

"Il y a des impacts qu'on ne nie pas sur le paysage ou sur les oiseaux, mais on veut montrer que ces lignes, si on s'en occupe comme il faut, peuvent aussi présenter un intérêt pour la biodiversité", souligne M. Lesigne.

"Du coup, estime-t-il, cela aide à l'acceptation de ces ouvrages, tant par les associations avec lesquelles on travaille que par la population, qui retrouvent un intérêt dans ces terrains qui étaient considérés comme perdus."