Quinze ans après son interdiction, l'amiante pollue encore son berceau normand

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Publié le 6 juillet 2012.

CALIGNY (Orne) - Véritable casse-tête, la dépollution des usines d'amiante tarde, comme à Caligny (Orne), au coeur du berceau de cette industrie, où la fibre cancérogène demeure à l'abandon depuis 1957, malgré les vitres cassées et les murs éventrés du bâtiment, tout près d'habitations.

"Ca devient vraiment urgent. Le plus inquiétant, c'est la poussière d'amiante de l'usine envoyée à chaque coup de vents un petit peu partout", à l'extérieur de l'ancienne filature d'amiante de Ferodo-Valeo à Caligny, raconte Jocelyne Guillemin, qui habite à 10 mètres de cette usine dite "du Pont", sur le Noireau.

Présidente de l'association "Pour une vie sans amiante à Caligny", soutenue par l'Association locale des victimes de l'amiante (Aldeva), cette mère de deux enfants voit de chez elle les cartons d'amiante qui pendent au plafond de l'usine. Un document officiel atteste de la nature de ces lambeaux.

"Des éboulements successifs des murs soulèvent régulièrement des nuages de poussière d'amiante", a également averti en mars, dans un courrier au candidat François Hollande, le maire depuis 2008 de Caligny, Daniel Cattelain, ancien élu Verts.

Ironie ou cynisme du sort, l'usine est l'un des deux sites sur lesquels s'est penché l'inspecteur du travail Denis Auribault, qui rédigea le premier rapport en France sur les maladies causées par l'amiante, en 1906, plus de 90 ans avant son interdiction, en 1997.

La vallée de la Vère, jadis surnommée par les anciens "vallée de la mort" en raison d'un nombre important de décès inexpliqué, et celle du Noireau, où la Vère se jette, ont pourtant ensuite compté plus d'une dizaine d'usines d'amiante avec 2.700 employés, dans un rayon d'une vingtaine de km autour de Caligny. L'amiante y fait encore 10 à 20 morts par mois selon l'Aldeva.

La maison d'Odette Goulet, elle, est à 2,50 mètres de l'usine du Pont: "Quand je suis arrivée en 1972, l'usine était en état. Le bâtiment était clos. Mais petit à petit, ça s'est délabré", raconte cette mère de cinq enfants dont le mari est mort de l'amiante après 24 ans d'exposition au travail.

"Des déchets d'amiante, datant de l'époque où elle était encore en fonctionnement, sont enterrés tout autour de l'usine, à quelques mètres du Noireau", rivière où on trouve de l'amiante, poursuit Mme Guillemin, document officiel à l'appui.

A cause de cette usine, comme d'autres sites environnants, "l'eau brute du Noireau contient des fibres d'amiante", expliquait récemment en réunion publique le président PS de la communauté de communes de Flers (30.000 habitants sur 14 communes dont Caligny), Yves Goasdoué, élu depuis député.

"L'eau du robinet ne contient pas d'amiante, grâce au traitement. Mais s'il y en avait, la distribution serait toujours autorisée, ce que je trouverais contraire au principe minimal de précaution. Aujourd'hui, seule la fibre libre dans l'air est réglementée", soulignait l'élu.

"Que se passerait-il si du linge lavé à l'eau amiantée passait au sèche linge?", avait ajouté Jean Chatelais, candidat Front de gauche dans la circonscription, critiquant aussi l'absence de normes amiante pour l'eau.

Leur inquiétude est d'autant plus vive qu'un accord "de mise en sécurité" passé entre Valéo et le ministère de l'Ecologie en 2009 prévoit un confinement de l'amiante sur place, sur ce terrain inondable, selon M. Goasdoué.

L'élu a écrit à la ministre de l'Ecologie pour lui demander de renégocier l'accord avec Valéo qui n'a toutefois aucune obligation car il y a prescription. L'équipementier automobile n'a pas souhaité faire de commentaire.

"L'amiante est partout ici", rappelle Jean-Claude Barbé, vice-président de l'Aldeva, citant le cas d'un agriculteur à Berjou, à 15 km de Caligny, qui tombe régulièrement sur de l'amiante en labourant.

L'usine de Caligny est, selon l'Aldeva, la plus délabrée. En 2007, l'Etat a inspecté 17 anciennes usines ou dépôts d'amiante dans l'Orne et le Calvados, autour de Caligny. Pour 12 d'entre eux, il a conclu qu'"aucune action n'est nécessaire".

Parmi eux, figure le site Honeywell de Condé-sur-Noireau, l'autre site inspecté en 1906, où des analyses viennent de mettre en évidence la présence, "ponctuelle", selon la direction, d'amiante sur ce site à 7 km de Caligny et jusqu'alors officiellement aux normes, où travaillent 325 personnes. Un ancien médecin du travail de l'usine, lorsqu'elle appartenait à Ferodo Valeo, a été mis en examen en 2007 pour homicides et blessures involontaires.

La juge d'instruction chargée notamment de ce dossier Marie-Odile Bertella-Geffroy, a dénoncé mercredi dans le Parisien/Aujourd'hui son manque de moyens et le manque de volonté politique.

© 2012 AFP
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