Escorté nuit et jour par des policiers, Alexandre Anderson, pêcheur, jure qu'il poursuivra sa lutte contre les projets pétrochimiques dans la baie de Rio.
Escorté nuit et jour par des policiers, Alexandre Anderson, pêcheur, jure qu'il poursuivra sa lutte contre les projets pétrochimiques dans la baie de Rio.

© 2012 AFP

Alexandre Anderson sent la mort roder autour de lui, mais après six attentats il dit ne plus avoir peur. Escorté nuit et jour par des policiers, ce pêcheur jure qu'il poursuivra sa lutte contre les projets pétrochimiques dans la baie de Rio.

"Après les attentats, les menaces, et même l'odeur de poudre que j'ai sentie lors des attentats, je n'ai plus peur. De cette lutte, j'espère obtenir quelque chose pour les petits pêcheurs, mais je sais que ma mort peut faire partie des conséquences de cette lutte", dit à l'AFP Anderson, 41 ans, président de l'association Hommes et Femmes (Ahomar) de la commune de Magé, à 63 km de Rio.

Après deux assassinats de pêcheurs à la fin du mois de juin, le gouvernement de Rio lui a proposé mardi de le transférer dans une ville hors de l'Etat.

"J'ai refusé car ce n'est pas le moment d'abandonner mes compagnons", explique-t-il, assis sur le siège arrière d'une voiture de police et protégé par deux agents armés de mitraillettes.

Amnesty International a exorté mercredi les autorités brésilienens à renforcer l'escorte d'Anderson et la sécurité de sa femme Daize.

Natif de la ville de Rio, Anderson a déménagé à Magé à l'âge de 21 ans où il a appris le métier de pêcheur avec son beau-frère.

Depuis cinq ans, l'association Ahomar a pris la défense de la pêche artisanale en dénonçant l'impact dans la baie des travaux du complexe pétrochimique de Rio (Comperj) menés par le géant pétrolier brésilien Petrobras.

Menaces de mort et exécutions

"Depuis, nous avons commencé à recevoir des menaces et nous avons constaté la présence d'hommes armés", dit Anderson qui affirme que des groupes parapoliciers liés à des entreprises sous-traitantes de Petrobras sont responsables de ces crimes.

Quatre pêcheurs de Ahomar ont déjà été assassinés: deux leaders ont été torturés et tués devant leurs proches en 2009 et 2010, et deux ont été assassinés fin juin.

Joao Luiz "Pituca" Telles Penetra et Almir Nogueira do Amorim ont disparu le 22 juin dernier après être partis pêcher.

Leurs corps ont été retrouvés quelques jours plus tard: noyés, pieds et mains attachés. L'un d'eux accroché à son bateau.

Interrogée par l'AFP, Petrobras a dit "ne rien savoir des assassinats" et "rejette toute intimidation des pêcheurs". Elle a assuré que toutes ses activités sont précédées d'une "étude rigoureuse des impacts" sur l'environnement et les communautés.

"Petrobras est une entreprise socialement et écologiquement responsable et exige de ses fournisseurs la même attitude", a-t-elle souligné.

En 2009, les pêcheurs de Ahomar ont bloqué avec leurs filets le passage des grands navires dans la baie pendant un mois pour protester contre la réduction de 80% du volume de la pêche, après une fuite de 1,3 million de litres de pétrole d'une raffinerie de Petrobras.

"Vers la fin des années 90 il y avait dans la baie quelque 23.000 familles et aujourd'hui il n'en reste que 6.000. Les pêcheurs vendent leurs barques, abandonnent la pêche et se consacrent à d'autres activités comme le commerce", a déploré Anderson qui représente 3.000 pêcheurs.

La dernière fois qu'il est sorti pêcher, c'était en août 2010 quand il a commencé à être escorté.

"Ils m'ont arraché le coeur, le droit de pêcher, ils m'ont retiré ma liberté", souligne-t-il en expliquant qu'il n a pas le droit à une " escorte pour sortir en mer".

Sans travail, Anderson vit de dons de proches et de quelques ONG.

"Tous les jours ma femme me dit qu'elle est heureuse que je sois encore en vie, mais quand je sors, je sens qu'il est possible que je ne revienne pas", dit-il.