Energie: l'Europe risque d'être le continent oublié de l'"âge d'or" mondial du gaz

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Publié le 2 juillet 2012.

DEAUVILLE (Calvados) - Le gaz naturel est promis à un "âge d'or" au niveau mondial, porté par de nombreux atouts et l'essor de l'extraction du gaz de schiste, mais l'Europe risque de rester à l'écart de ce mouvement, selon des experts du secteur réunis cette semaine à Deauville.

A l'heure où la demande d'énergie est appelée à exploser dans les prochaines décennies, "l'or bleu" bénéficie d'un "triple A", rappelle Philippe Boucly, directeur général de GRTgaz, la société gestionnaire du réseau français de transport de gaz naturel.

Le gaz naturel est tout à la fois "abondant, acceptable, et abordable", a-t-il expliqué au cours de l'Enerpresse Forum, une conférence sur l'énergie.

En effet, les réserves identifiées dans le monde garantissent plus de 200 ans de consommation planétaire au rythme actuel. Les faibles émissions de CO2 du gaz en font une énergie préférable au charbon et au pétrole du point de vue de l'environnement. Enfin, son prix est attractif par rapport à d'autres sources d'énergie, même s'il varie fortement selon les régions.

Portée par ces facteurs, la demande de gaz croît fortement, avec une grande exception : l'Europe, a souligné Anne-Sophie Corbeau, spécialiste du gaz à l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui prévoit une hausse de 17% de la demande mondiale gazière en cinq ans.

"Quand on regarde la situation générale, on peut dire que le monde se dirige vers un âge d'or du gaz. Mais en Europe, probablement pas", prévient-elle.

L'an dernier, cette divergence a été flagrante. La consommation de gaz a grimpé d'environ 2% dans le monde, avec une région totalement à contre-courant : le Vieux continent, qui a connu au contraire une chute magistrale (-11% pour l'Union européenne).

- "bien à la peine" -

Cette dégringolade est liée au climat chaud qui a régné en 2011 et à la crise en Europe, mais surtout à une équation devenue plus difficile dans le domaine de la génération d'électricité.

Le gaz y apparaît "bien à la peine" face à la percée des énergies renouvelables, et "il se retrouve en compétition face aux prix du charbon, et est bien souvent perdant dans cette bataille économique", explique l'experte de l'AIE.

Dans cette problématique, le contraste avec l'Amérique du Nord est saisissant. Le développement de l'extraction du gaz de schiste à grande échelle y a permis de faire chuter spectaculairement les prix de cette source d'énergie, qui semble désormais en passe de détrôner le charbon en matière de production d'électricité et pourrait favoriser un renouveau industriel américain.

Un essor du gaz de schiste auquel l'Europe est pour l'instant rétive, en raison des controverses qui entourent la fracturation hydraulique, seule technologie reconnue permettant de l'extraire du sous-sol. Pour l'instant, sur le Vieux continent, seule la Pologne s'est résolument lancée dans l'exploration des gisements de gaz de schiste dans un but très politique : s'affranchir du gaz russe.

De son côté, Iouri Virobian, patron de la filiale française du géant gazier russe Gazprom, voit un autre ennemi au développement de l'âge d'or du gaz en Europe : l'UE, qui multiplierait des barrières empêchant les consommateurs d'assouvir leur appétit pour le gaz, notamment en décourageant la construction de gazoducs et en subventionnant trop généreusement les énergies renouvelables.

"Pour que l'âge d'or du gaz arrive en Europe, il faut une situation réglementaire et politique qui donne la possibilité à tous les acteurs d'être confortables ici et qui attire les investissements", a-t-il plaidé, reprenant ainsi des critiques régulièrement émises par le géant russe.

© 2012 AFP
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