Manifestation en marge du sommet Rio+20, le 20 juin 2012 à Rio de Janeiro.
Manifestation en marge du sommet Rio+20, le 20 juin 2012 à Rio de Janeiro.

à Rio de Janeiro, Audrey Chauvet

De notre envoyée spéciale au Brésil,

L’ancienne ministre de l’Environnement brésilienne, le président du WWF International, celui de Greenpeace, et de nombreuses autres personnalités ont rejeté ce jeudi l’issue du sommet des Nations Unies sur le développement durable. Alors que Rio+20 devait permettre de mieux prendre en compte le développement durable dans les politiques économiques et sociales, les ONG dénoncent en bloc un texte vide de substance qui oublie qu’il est urgent d’agir.

Textes sévères mais manifestations bon enfant

Le texte signé par les délégations des Nations unies, baptisé «Le futur que nous voulons», a été rebaptisé «Le futur que nous ne voulons pas» par les ONG. «Le futur que nous voulons est fait d’engagements, d’actions, et tient compte de l’urgence à freiner la crise sociale, économique et environnementale, pas à la reporter. Rien de tout cela ne figure dans les 283 paragraphes du document officiel qui sera l’héritage de cette conférence», écrivent les ONG.

Mercredi, entre 20.000 et 50.000 manifestants ont arpenté les rues de Rio de Janeiro pour dénoncer, entre autres, l’économie verte que le sommet Rio+20 a mis au cœur des négociations. Mais on était très loin des manifestations musclées qui ont eu lieu à Copenhague en 2009: un faux char d’assaut fabriqué avec du pain, des Indiens portant un tronc d’arbre sur le dos, des femmes déguisées en mappemonde… Pas de quoi affoler les représentants des gouvernements cloisonnés dans le centre de conférences Riocentro.

Au Sommet des peuples, on est cool

Même ambiance au Sommet des peuples, lieu de rassemblement des ONG à Rio. Ce jeudi matin, on chantait, on dansait, on parlait de choses aussi diverses que l’agriculture biologique, le commerce équitable, l’homéopathie, les méfaits de la cigarette… Sous les tentes installées dans le parc Flamengo, pas d’animosité, pas d’énervement. On est cool, à la brésilienne. Et même parfois optimiste: «Les gens s’intéressent plus à l’environnement qu’il y a vingt ans, et c’est déjà une bonne chose, estime Yasmine, membre de Green Cross au Brésil. Et puis c’est facile de critiquer les négociations quand on n’a pas à mettre des centaines de gens d’accord.» «L’important c’est de faire changer les petites choses à notre niveau», pense pour sa part Tatiana, membre d’une association brésilienne qui organise des distributions de paniers de légumes bio.

«Ils négocient pour négocier et s’organisent pour ne pas s’entendre, c’est un sempiternel recommencement», pense Mustapha, journaliste sénégalais également membre d’une association d’aide aux pays en développement. D’après lui, les négociations sont jouées d’avance car «les délégués sont d’abord des individus faciles à corrompre». Sa collègue, Catherine, pense que ce sommet «n’est pas utile» et a été choquée par «toute l’énergie qui est utilisée au Riocentro pour parler d’économie verte.» «Le Riocentro est à deux heures d’ici, ce sont les VIP et les intérêts privés qui y sont, pas les peuples», conclut Mustapha.