Quand la plupart des paysans sont juchés sur de puissants tracteurs, certains agriculteurs ont choisi de revenir à l'âne ou au cheval pour cultiver leurs champs. Loin d'être archaïque, disent-ils, la traction animale est un outil moderne et dans l'air du temps.
Quand la plupart des paysans sont juchés sur de puissants tracteurs, certains agriculteurs ont choisi de revenir à l'âne ou au cheval pour cultiver leurs champs. Loin d'être archaïque, disent-ils, la traction animale est un outil moderne et dans l'air du temps. - Remy Gabalda afp.com

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Quand la plupart des paysans sont juchés sur de puissants tracteurs, certains agriculteurs ont choisi de revenir à l'âne ou au cheval pour cultiver leurs champs. Loin d'être archaïque, disent-ils, la traction animale est un outil moderne et dans l'air du temps.

Depuis plus de 20 ans, l'association ariégeoise Prommata met au point de nouveaux outils destinés à être tractés par des animaux et fait la promotion de ce mode de production non polluant, particulièrement adapté aux petites surfaces et aux parcelles difficiles d'accès.

"L'idée, c'est de permettre aux paysans de réinvestir les zones abandonnées par l'agriculture industrialisée, les terrasses et les coteaux complètement inadaptés à la machinerie moderne", dit Jo Ballade, un des membres fondateurs de l'association.

A ce désir de "retour à la terre" correspond "une demande dans les villes de productions locales. Avant, on nous riait au nez car on était trop en avance. Aujourd'hui, on répond à un besoin. Le manger bio a le vent en poupe", ajoute ce maraîcher à la retraite, formateur chez Prommata.

L'association est née en 1991 d'une rencontre entre petits paysans ariégeois et Jean Nolle, un ingénieur qui consacra sa vie à mettre au point des outils pour la traction animale et à les développer dans le tiers-monde.

Prommata, qui hérite de ses prototypes, ouvre un atelier de fabrication dans le village de Rimont et met bientôt au point un "porte-outils", un châssis baptisé "kassine" auquel on peut adapter une gamme infinie d'instruments pour la culture. Cela évite de multiplier les achats de machines, et l'engin peut être tracté par n'importe quel animal, le plus souvent un cheval, un âne ou une mule.

Depuis 1995, plus de 500 de ces engins adaptés au maraîchage ont été vendus en France mais aussi en Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Italie et Espagne. L'association, qui est en train de peaufiner un autre porte-outils destiné à la viticulture, a formé des centaines de stagiaires, y compris en Algérie, au Burkina Faso, au Niger ou à Madagascar.

5.000 euros l'équipement complet

L'agronome Marcel Mazoyer estime que sur 1,4 milliard d'actifs agricoles dans le monde, un milliard ne disposent ni d'animaux, ni de tracteurs. "Avoir accès à la traction animale, c'est ce qui pourrait leur arriver le mieux dans le prochain demi-siècle".

En Ariège, Mike Ower, un Britannique de 54 ans et sa compagne Marion Le Page, 55 ans, anciens artistes de cirque, sont parmi les premiers convertis. Dans leur ferme des Bonzom, sur les côteaux de Sainte-Suzanne dans la vallée de la Lèze, leur jument Iulli, placide comtoise d'une bonne douzaine d'années arpente les sillons sur 1,5 hectare cultivé en maraîchage bio.

"C'est très adapté à ce qu'on fait", dit Mike. Ce système permet un labour léger qui maintient en surface la couche supérieure de terre pleine de matières organiques, à la différence du tracteur qui fait remonter les couches stériles, plaide le couple, qui vend ses légumes sur des marchés ainsi qu'à des particuliers sous forme de paniers bio.

"La beauté de ce matériel, c'est de permettre à des gens de s'installer sur des petites surfaces sans passer par des gros emprunts", souligne aussi Marion.

"Avec 5.000 euros, on est équipé complet, animal compris. Ce n'est même pas le prix d'un tracteur d'occasion dans lequel il faut en plus mettre du gasoil", abonde Jo Ballade.

Mais l'association jusqu'alors bénéficiaire (huit salariés pour un budget de 360.000 euros) connaît des difficultés. Baisse des aides aux associations, moins de crédits disponibles pour les formations qu'elle dispense, Prommata craint pour sa survie en 2013. Jo Ballade en appelle aux pouvoirs publics pour sauver ses emplois en l'aidant à se développer davantage en Europe, où "il y a beaucoup de demandes".