Carolina Allage, de l'association Sustentarte, forme les enfants à l'environnement dans une école de Rio de Janeiro, le 19 juin 2012.
Carolina Allage, de l'association Sustentarte, forme les enfants à l'environnement dans une école de Rio de Janeiro, le 19 juin 2012.

à Rio de Janeiro, Audrey Chauvet

Ici, le développement durable n’est pas un vain mot. Tandis que des centaines de délégués du monde entier s’écharpent pour des virgules au sommet des Nations unies sur le développement durable, à Rio de Janeiro, l’association Sustentarte passe aux travaux pratiques. Dans une dizaine d’écoles de la ville, des cours un peu spéciaux sont dispensés aux élèves: planter des arbres, en prendre soin, les voir grandir, un apprentissage lent qui va bien plus loin que le simple jardinage.

Etre bien avec soi et avec son environnement

Au Colegio Eduardo Guimaraes, en plein cœur de Rio, Carolina Allage vient tous les mardis après-midi pendant trois heures depuis la rentrée, en février. «Nous nous occupons de la nursery de plantes», explique cette jeune enseignante, diplômée de biologie, qui travaille pour Sustentarte. La nursery, c’est une série de bacs en bambou contenant des petites plantes typiques de la forêt amazonienne. Plantées par les 180 collégiens, elles sont entretenues par toutes les classes de l’école, des tout petits aux adolescents. «Dans cette école, il y a à la fois des enfants en bonne santé et des trisomiques», explique Carolina, «mais tous changent d’attitude au cours du projet: au fil de l’année, ils sont plus respectueux vis-à-vis de nous et de leur entourage en général.»

Car si Carolina met un point d’honneur à leur parler des problèmes environnementaux, l’apprentissage est bien plus vaste : «C’est un jardin commun, nous leur apprenons à vivre en communauté et à partager», explique-t-elle. «Ce projet est cohérent avec notre philosophie, confirme Clara Rosa da Silva Werner, la principale du collège. Nous sommes partisans d’une écologie personnelle, sociale et environnementale: si vous êtes bien avec vous-même, vous le serez avec les autres et avec votre environnement

Une responsabilité dont ils sont fiers

Dans cette école privée, l’inclusion des enfants atteints de trisomie avec les autres est primordiale. Et les plantes, elles, ne font aucune différence du moment qu’on les arrose. Pour les petits, la leçon de jardinage prend des airs de cours de récré. Mais pour les plus grands, une petite dizaine de jeunes trisomiques, les choses sont plus sérieuses: il s’agit d’écouter attentivement Carolina et de faire les bons gestes, sinon les jolies pousses mourront.

L’association Sustentarte a été créée en 2010 au Brésil pour «rapprocher les enfants de la forêt» et de la nature en général. Au collège Eduardo Guimaraes, les enfants savent bien ce qu’est un arbre, comment il est constitué et pourquoi il faut en prendre soin. Les jeunes trisomiques sont fiers de cette responsabilité qui leur est confiée: celle de la vie ou de la mort d’une plante, d’un être vivant. Quant aux discussions officielles qui ont lieu en ce moment à Rio, les enfants sont bien renseignés: «Une des enseignantes travaille sur le sommet Rio+20 avec sa classe et certains enfants savaient déjà très bien ce qui s’y passait», assure Carolina. Peut-être même que tous ces collégiens auraient des leçons à donner aux délégations officielles qui se promènent en costume-cravate dans les allées bétonnées du centre de conférences de Rio.