Conférence de presse à Rio, au Sommet des Nations unies sur le développement durable, le 18 juin 2012.
Conférence de presse à Rio, au Sommet des Nations unies sur le développement durable, le 18 juin 2012.

à Rio de Janeiro, Audrey Chauvet

Le Christ rédempteur qui veille sur Rio a beau être illuminé de vert à l’occasion du sommet des Nations unies sur le développement durable, il n’absoudra peut-être pas les 50.000 personnes venues du monde entier en avion pour parler de développement durable et de changement climatique. 50.000 personnes qui, pleines de bonnes intentions pour la planète, prendront des bus climatisés, travailleront dans des salles climatisées et dormiront dans des hôtels climatisés. Et si Rio+20 était finalement mauvais pour l’état de la planète?

Embouteillages et clim’ à fond

Sans être un grand expert des calculs carbone, il est facile de deviner que le bilan carbone du sommet sera catastrophique. Avec des trajets en avion de 9.000km en moyenne (15.000km pour les plus éloignés), le coût carbone est lourd: 1,7 tonne de CO2 par personne en moyenne, ça fait 85.000 tonnes pour tous les participants, soit environ autant que ce qu’émettraient 25.000 voitures roulant toute une année.

Et une fois arrivés, les gentils participants à Rio+20 vont se heurter au quotidien carioca: pour faire face à la chaleur (Rio a connu ces dernières années des températures torrides et il fait encore 28°C fin juin, au début de l’hiver), la climatisation marche à fond dans les chambres d’hôtel, les taxis, les bus. Bus qui restent coincés dans les embouteillages typiques de la ville: compter 1h30 dans les bouchons pour rejoindre le Riocentro, le centre de conférences où ont lieu les événements officiels. De quoi bien alourdir le bilan carbone avec la consommation de carburant que cela représente. Le projet de navettes hybrides a visiblement fait long feu.

Un sommet virtuel dans vingt ans?

Mais comment faire autrement? La ville de Rio n’a pas encore investi dans un élargissement de son réseau de transports en commun ou dans des pistes cyclables pour fluidifier le trafic automobile, extrêmement dense. Les grandes avenues à l’américaine de Copacabana ressemblent à l’autoroute du soleil en août. Eduardo Paes a annoncé des travaux en vue de la Coupe du monde de football en 2014 et des Jeux olympiques en 2016. Dommage qu’ils n’aient pas été faits pour le sommet de la Terre.

Heureusement, pour sauver les apparences, les organisateurs du Sommet ont demandé qu’il soit «sans papier». On privilégie toujours les documents électroniques, quitte à engorger les boîtes mails de pièces jointes obèses, qui ne sont pas sans impact pour l’environnement si on considère les émissions liées aux centres de stockage de données informatiques. Quitte à passer au virtuel, une innovation aurait pu être de lancer le premier sommet mondial en ligne, uniquement avec des téléconférences. Mais ça, ce sera peut-être seulement pour Rio+40. D’ici là, les Nations unies promettent que le bilan carbone du sommet sera compensé par des programmes de développement propre dans les pays du Sud. Au Brésil, par exemple.