Photographie illustrant le contraire du dicton «L'argent ne pousse pas sur les arbres».
Photographie illustrant le contraire du dicton «L'argent ne pousse pas sur les arbres». - Todd Muskopf/NEWSCOM/SIPA

Audrey Chauvet

L’argent n’a pas d’odeur mais l’économie pourrait avoir une couleur. Thème principal du prochain sommet des Nations unies sur le développement durable, l’économie verte crée déjà le débat entre les institutions et les associations écologistes: tandis que les uns voient dans ce concept la possibilité de conjuguer croissance économique et respect de l’environnement, les autres redoutent une «financiarisation de la nature» et un blanc-seing au «greenwashing».

Réconcilier croissance économique et protection de l’environnement

«L’économie verte ne consiste pas à étouffer la croissance et la prospérité, mais à se reconnecter à la véritable richesse, à réinvestir dans le capital naturel au lieu de l’exploiter», expliquait Pavan Sukhdev, responsable de l’Initiative pour une économie verte au Programme des Nations unies pour l’environnement, lors de la présentation d’un rapport sur le sujet début 2011. Promotrices du terme, les Nations unies cherchaient surtout à convaincre les instances économiques mondiales qu’investir dans les activités «vertes» était un bon calcul pour l’avenir: selon le rapport «Vers une économie verte», la croissance économique mondiale pourrait être de  2,5% entre 2030 et 2050 dans le cas d’une économie verte, contre 1,5 à 2% en cas de statu quo. En pratique, il suffirait d’investir 2% du PIB mondial dans dix secteurs clés (agriculture, bâtiment, énergie, pêche, forêts, transport, eau,…) pour réduire les émissions de CO2 et faire reculer la pauvreté dans le monde, sans altérer la croissance économique.

Au niveau des entreprises, on entend plutôt l’économie verte comme une nouvelle stratégie pour durer. Anticipant les réglementations environnementales, qui menacent de se multiplier à l’avenir, bon nombre d’entreprises ont choisi de réduire leur impact sur l’environnement ou de s’afficher comme un représentant des activités «vertes» qui pourraient être soutenues à l’avenir par les politiques économiques. En France, des multinationales de l’eau aux géants de l’énergie, tout le monde veut être plus vert que vert. Et dans de nombreux pays, les régions sinistrées misent sur les «éco-technologies» pour relancer la croissance.

Faire entrer la nature dans les cases des économistes

Mais utiliser l’écologie pour renouer avec une hausse du PIB n’est pas toujours cohérent. Pour les observateurs, l’urgence est surtout de «découpler croissance économique et consommation des ressources naturelles.» En d’autres termes, «utiliser la nature plutôt que l’exploiter, aller vers une économie circulaire et vers la sobriété», espérait Nicolas Hulot lors d’un forum sur Rio+20 le 8 juin à Paris.

Ce que redoutent les associations, c’est une financiarisation de la nature pour la faire entrer dans les cases des économistes. «Au nom de la conservation de la biodiversité, de la purification de l'eau, de la pollinisation des plantes, de la protection des forêts et de la régulation du climat, ils considèrent comme essentiel de donner un prix aux fonctions écologiques qu'assurent les plantes, les animaux et les écosystèmes et de les transformer en «services» compartimentés, monétarisés et échangeables sur les marchés», écrivent un collectif d’associations françaises, parmi lesquelles Attac, Les Amis de la Terre ou le réseau Sortir du nucléaire. Pour ces militants, l’économie verte n’est qu’une «volonté d’étendre le modèle économique néolibéral capitaliste à de nouveaux domaines» et «perpétue le modèle productiviste». La tenue du G20 quelques jours avant le sommet de Rio autour du thème de la «croissance verte» ne les rassure pas.

Un air de Porto Alegre à Rio?

Le Sommet des peuples, où les ONG environnementales et de développement seront présentes en marge du sommet officiel, pourrait donner à Rio des airs de Porto Alegre. Car ce qui se joue dans la définition de l’économie verte est finalement le choix de renoncer aux vieux modèles de croissance économique ou bien de vouloir y faire entrer de force des biens communs inestimables comme l’eau, l’air ou les espèces animales et végétales. Mais pour en faire comprendre la valeur, faudra-t-il leur donner un prix?