Un Indien d'Amazonie devant une affiche du sommet sur l'environnement Rio+20, à Brasilia en juin 2012.
Un Indien d'Amazonie devant une affiche du sommet sur l'environnement Rio+20, à Brasilia en juin 2012. - Eraldo Peres/AP/SIPA

Audrey Chauvet

Des jours et des nuits de négociation pour accoucher de textes manquant d’ambition: depuis Copenhague, les sommets sur le climat ont perdu de leur intérêt et de leur crédibilité. Les observateurs déplorent un enlisement des négociations pendant que les ONG crient à l’urgence climatique. A quoi pourra servir le prochain sommet sur le développement durable des Nations unies, qui se tiendra à Rio du 20 au 22 juin?

Réunir tout le monde autour de l’environnement

Première utilité de ces grands sommets, ils sont l’occasion de remettre le développement durable à la une des médias et des agendas politiques. «En dépit de la déception qu’on peut avoir en lisant les communiqués finaux, nous avons vraiment besoin de ces sommets, car il faut un lieu où on se rassure sur le fait que les politiques climatiques et la réduction des émissions de gaz à effet de serre sont un pari dans lequel on est engagés collectivement», rappelait Emmanuel Guérin, directeur du programme énergie climat à l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), à l’occasion du sommet de Durban en décembre 2011.

Sans ces piqûres de rappel aux politiques mais aussi aux médias et au grand public, l’environnement pourrait facilement tomber aux oubliettes face à la crise économique ou aux enjeux électoraux… Cette année, François Hollande a mis un point d’honneur à participer au sommet Rio+20, alors qu’Angela Merkel et David Cameron ne se rendront pas en personne à Rio et que la présence de Barack Obama, en pleine campagne électorale, est fortement compromise. En revanche, du côté des ONG, il y aura du monde au Sommet des peuples, organisé en parallèle du sommet officiel. L’occasion de refaire entendre la voix des associations et de tenter de mobiliser les foules comme à Copenhague en 2009.

>> Les enjeux du sommet de Rio, par ici

Un texte pour le futur

Même si les grands dirigeants de la planète ne seront pas tous présents à Rio, les délégations et les négociateurs feront leur travail pour aboutir à un texte qui devrait prendre la suite des Objectifs du millénaire. Ceux-ci constitueront une «feuille de route» pour les décennies à venir, même s’ils ne contraignent pas les Etats à les respecter. Les précédents sommets ont ainsi permis de créer des conventions sur le climat, dont la principale réussite fut l’instauration du protocole de Kyoto limitant les émissions de gaz à effet de serre des pays développés, et la création d’un protocole sur la biodiversité destiné à sauver les espèces menacées. Le protocole de Montréal, qui a permis de résoudre le problème de la couche d’ozone, le mécanisme REDD de lutte contre la déforestation ou encore le marché du carbone sont le fruit des précédentes rencontres internationales sur l’environnement.

Dans les négociations informelles sur le texte d'accord qui devrait être signé le 22 juin, les délégués des différents pays ne se sont pour le moment accordés que sur des phrases très consensuelles. Les divergences restent fortes sur des sujets essentiels comme le changement climatique, les océans, l'alimentation et l'agriculture, les transferts de technologie, l'économie verte... Au point que le directeur général de WWF, Jim Leape, s'inquiète: «Il y a deux scénarios probables, un accord si limité qu'il n'aurait pas de sens, ou un échec total», rapporte l’AFP.

Renouer le dialogue

«L’histoire des grandes rencontres internationales consacrées à l’environnement est faite de rendez-vous réussis, a déclaré, optimiste, François Hollande lors d’un forum de lancement de Rio+20 le 8 juin à Paris. Rio a été un sommet qui a permis d’engendrer de grandes discussions et qui a déclenché de grandes conventions internationales sur le climat, la biodiversité, la forêt, qui permettent de faire avancer les droits», a rappelé le président de la République, faisant référence au premier sommet de 1992. «Mais la volonté politique, aussi forte soit-elle, n’est rien s’il n’y a pas la mobilisation citoyenne. A Rio, c’est cette conjugaison qui fera le succès ou l’échec», a conclu François Hollande. Les sommets sont donc surtout l’occasion de renouer le dialogue entre scientifiques, militants, politiques et tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de la planète. Car sans mobilisation de l’opinion publique, il y a peu de chances pour que les dirigeants prennent des positions ambitieuses.