Bouchons sur les avenues de Copacabana, à Rio de Janeiro, en mai 2012.
Bouchons sur les avenues de Copacabana, à Rio de Janeiro, en mai 2012.

Audrey Chauvet

Nom de code: Rio+20. Le prochain sommet des Nations unies sur le développement durable, qui se tiendra du 20 au 22 juin à Rio de Janeiro, au Brésil, sort de l’ordinaire des conventions internationales sur le climat. Premièrement, parce que les négociations n’auront pas pour seul objet la réduction des émissions de CO2, et surtout parce que ce sommet sera l’occasion de se demander si le monde est réellement allé vers un développement «durable» ces vingt dernières années.

1992, premier sommet, premiers couacs

Rio, 1992: le premier Sommet de la Terre donnait naissance à deux conventions importantes: celle sur le changement climatique, qui se réunit depuis tous les ans, et celle sur la diversité biologique, qui n’en est encore qu’à ses balbutiements. Les Agenda 21, des feuilles de route destinées aux collectivités locales pour aller vers un développement plus vert, sont également nés à Rio.

Le premier Sommet de Rio a surtout été une prise de conscience mondiale: pour la première fois, des dizaines de chefs d’Etat se réunissaient pour parler d’environnement et donner vie au concept de «développement durable» apparu quelques années auparavant. Un des moments marquants du sommet fut le discours de Severn Cullis-Suzuki, une Canadienne âgée de 12 ans, qui a failli faire monter les larmes aux yeux des officiels en costume-cravate.

 

La France était alors représentée par François Mitterrand, venu en Concorde affirmer que l’environnement devait être protégé. De son côté, George Bush père déclarait que les Etats-Unis voulaient devenir les leaders mondiaux de la protection de l’environnement, tout en assénant que le «mode de vie américain n’est pas négociable». Le développement durable serait-il né sous une mauvaise étoile?

Depuis 2002, la maison continue de brûler…

Encore dans la dynamique de Rio, le sommet de Kyoto en 1997 remonte le moral des écologistes: les pays développés se fixent des objectifs de réduction de CO2. Ce sera la naissance des crédits carbone et de nombreux mécanismes destinés à aider les pays en développement à ne pas reproduire les erreurs des pays industrialisés. Le protocole n’entrera en vigueur qu’en 2005, après les atermoiements de nombreux pays, dont les Etats-Unis qui finalement ne le ratifieront pas.

2002: le sommet de Johannesburg marque les dix ans de la première rencontre à Rio et reconnaît que l’état de la planète va en se dégradant malgré les déclarations d’intentions. Jacques Chirac marquera les esprits avec sa formule choc: «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs».

 

...Et nous regardons toujours ailleurs

2009: Copenhague, ou la grande déception. Pour ce sommet, qui suivait un renouvellement politique majeur dans de nombreux pays (notamment avec l’élection de Nicolas Sarkozy en France et de Barack Obama aux Etats-Unis), les espoirs étaient immenses. Le monde allait-il enfin décider de mesures contraignantes et ambitieuses pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, en entraînant les pays émergents, Chine, Inde et Brésil en tête, à faire de même? Finalement, les quelques jours de manifestations et d’espoir seront douchés par un accord a minima, qui ne satisfait ni ne froisse personne.

Cette année, après la conclusion pessimiste du sommet de Durban en décembre dernier, Rio+20 pourrait être l’occasion de redonner de l’élan aux politiques climatiques, de remettre l’environnement parmi les priorités et de montrer une voie alternative pour sortir de la crise économique. Ou bien il ne sera qu’une énième démonstration de bonne volonté où l’on cherchera surtout à préserver la croissance économique en l’habillant d’une robe verte pour plaire aux écologistes.

>> Les enjeux du sommet Rio +20, par ici