Amazonie: De nouvelles méthodes de culture pour éviter la déforestation

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Manoel José Leite possède une petite ferme biologique à Anapu dans l'Etat amazonien du Para et se prépare à implanter des cultures à faible émission de carbone, un changement radical dans une région où pendant des décennies l'agriculture a dévasté la forêt.

Manoel José Leite possède une petite ferme biologique à Anapu dans l'Etat amazonien du Para et se prépare à implanter des cultures à faible émission de carbone, un changement radical dans une région où pendant des décennies l'agriculture a dévasté la forêt. — Evaristo Sa afp.com

Manoel José Leite possède une petite ferme biologique à Anapu dans l'Etat amazonien du Para et se prépare à implanter des cultures à faible émission de carbone, un changement radical dans une région où pendant des décennies l'agriculture a dévasté la forêt. Un des grands défis de la conférence des Nations unies Rio+20 qui commence mercredi à Rio de Janeiro sera de concilier agriculture et environnement: alimenter le monde sans épuiser les ressources naturelles, un dilemme vécu par le Brésil en tant que puissance agricole et forestière.

«Nous savons que nous devons protéger l'Amazonie»

«Nous avons beaucoup appris de l'environnement, nous sommes conscients de ce que veut dire réduire les émissions de CO2 et nous savons que nous devons protéger l'Amazonie», dit Manoel, agriculteur et poète de 62 ans, arrivé en 1974 dans la région quand le gouvernement militaire encourageait sa colonisation en ouvrant des routes comme la Transmazonienne qui traverse Anapu. «Il n'y avait que de la forêt, le gouvernement voulait coloniser: plus on coupait d'arbres, mieux c'était. Si, à l'époque, j'avais su ce que je sais maintenant, cela aurait été différent, j'aurais protégé la forêt», dit-il. Aujourd'hui, il la protège avec de la végétation native et des cultures biologiques d'arbres fruitiers amazoniens: cacao, cupuaçu et açaï.

Manoel participe à un projet financé par le Brésil et la Norvège qui aidera 2.600 familles à récupérer des zones dégradées avec des cultures qui augmentent la couverture végétale, contribuant ainsi à réduire les émissions de carbone, responsables du réchauffement de la planète. «Nous voulons montrer qu'une agriculture à basse émission de carbone est possible, conciliant la préservation de la forêt, la production alimentaire et la qualité de vie en Amazonie où vivent 25 millions de personnes», explique Lucimar Souza, de l'Institut de recherches sur l'Amazonie.

Freiner le déboisement

Des projets similaires se multiplient dans la région. «Entre le sommet de la Terre en 1992 et Rio+20 aujourd'hui, nous sommes passés d'une production débridée, fondée sur la destruction de la forêt, à la conscience que ce modèle n'était pas durable», souligne Joao Batista, coordinateur de la fondation Vivre, Produire, Préserver. Mais il admet qu'il y a encore «beaucoup» à faire avant de mettre fin aux vagues de déforestation dans cette immense région difficile d'accès.

En ce moment, la police de l'Institut de l'environnement (Ibama) mène des opérations pour stopper 50 foyers de déforestation détectés par satellite dans la région d'Anapu, la municipalité où en 2005 des propriétaires terriens ont commandité l'assassinat de la missionnaire américaine Dorothy Stang qui tentait de préserver la forêt. «Avec ces actions, nous avons freiné de manière significative le déboisement au cours des dernières années», a affirmé à l'AFP Eduardo Lameira, responsable de l'opération qui mobilise un hélicoptère et des véhicules tout-terrain.

«Le Brésil pourrait être leader dans cette voie».

Ces efforts coïncident avec l'engagement du gouvernement de s'attaquer fermement au déboisement qui, après avoir touché 27.000 km2 de forêt en 2004, est tombé à 6.400 km2 en 2011. A ce jour, 80% de l'Amazonie est intacte. Le Brésil a fait passer sa production de blé, de céréales et d'oléagineux de 20 millions de tonnes en 1974 à 160 millions aujourd'hui et est devenu un des principaux exportateurs de canne à sucre, de viande et de soja qui, après avoir occupé les terres disponibles dans le sud, exercent une forte pression sur la forêt amazonienne.

«Aujourd'hui nous savons que nous ne pouvons pas produire comme il y a 40 ans. Nous avons la technologie pour récupérer les zones déboisées dans le passé et y pratiquer une agriculture plus efficace qui préserve l'environnement», a affirmé Savio Mendoça, conseiller de l'Embrapa, l'Institut public de recherche agronomique. «Il y a des milliards de personnes qui souffrent de la faim dans le monde et dans 15 ans, il y en aura d'autres milliards. Nous avons besoin de réponses rapides et mondiales» à l'occasion de Rio+20, a déclaré à l'AFP Bruce Campbell, du Groupe consultatif international de recherches agricoles. «Le Brésil pourrait être leader dans cette voie».