Le recours aux abeilles, de plus en plus nombreuses en zone urbaine avec des ruches installées sur des toits d'opéras ou au pied des immeubles, est développé comme un moyen d'évaluation de la pollution, faisant d'elles de véritables sentinelles de l'environnement.
Le recours aux abeilles, de plus en plus nombreuses en zone urbaine avec des ruches installées sur des toits d'opéras ou au pied des immeubles, est développé comme un moyen d'évaluation de la pollution, faisant d'elles de véritables sentinelles de l'environnement. - Rémy Gabalda afp.com

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Le recours aux abeilles, de plus en plus nombreuses en zone urbaine avec des ruches installées sur des toits d'opéras ou au pied des immeubles, est développé comme un moyen d'évaluation de la pollution, faisant d'elles de véritables sentinelles de l'environnement. Dans un laboratoire de recherche grenoblois, le CEA-Leti, est ainsi né Bee-Secured, un projet de réseau de milliers de ruches équipées de capteurs qui permettrait de recueillir des données environnementales.

La ville, un refuge «idéal» pour les abeilles

Grâce à des capteurs surveillant le comportement des abeilles, les ruches de Bee-Secured (présenté en mai au forum 4i de Grenoble (sud-est), consacré aux innovations technologiques) pourront recueillir des informations sur la pollution, la biodiversité, les bactéries, voire la radioactivité, selon ses concepteurs. Pour l'heure, Bee-Secured espère pouvoir installer ses 300 premières ruches, grâce à son récent prix de l'organisme public d'aide aux projets innovants Oséo. Il s'agira de mesurer la qualité de l'air à partir des particules ramenées par les abeilles, qui offrent l'avantage de couvrir une zone bien plus étendue qu'un capteur fixe, de l'ordre d'une trentaine de km2 autour de l'essaim. «L'abeille, sentinelle de l'environnement» est justement le thème des Journées nationales de l'abeille, APIdays, les 22 et 23 juin, avec des extractions et dégustations du miel des ruches in situ partout en France.

Comme d'autres associations ailleurs dans l'Hexagone, dans la banlieue de Grenoble, «Hommes et abeilles» teste des ruches en milieu urbain, à quelques centaines de mètres de l'autoroute, coincées entre un immeuble de huit étages et quelques pavillons aux jardins fleuris. Le projet est plus empirique que Bee-Secured, mais les ruches sont là aussi utilisées comme un étalon de l'environnement. Et, contrairement aux idées reçues, la ville se révèle un refuge «idéal» pour les abeilles, se réjouit Christophe Faucon, directeur général de l'association. «La biodiversité est plus grande et les pesticides moins nombreux», explique l'apiculteur, dont l'association vise à créer de nouveaux cheptels d'abeilles en ville pour repeupler des zones d'apiculture rurale «sinistrées». «L'abeille est la première victime des insecticides et pesticides utilisés en agriculture», explique Henri Clément, de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf).

Moins de pesticides en ville

Confrontés depuis le milieu des années 90 à l'effondrement des colonies d'abeilles, les apiculteurs trouvent également avec cette incursion dans les villes le moyen de donner une visibilité à leur cause. Avec un conseiller municipal dédié à l'apiculture, la mairie de Lille, qui a installé en 2007 trois ruches sur le toit de son opéra, fait figure d'exemple. «Les abeilles nous incitent à ne plus utiliser de produits phytosanitaires pour traiter les espaces verts», explique un responsable du programme alors que la ville compte désormais 54 ruches. La récolte de miel reste anecdotique, nuance toutefois le syndicat professionnel, qui estime à environ 1 à 2% la production de «miel des villes» par rapport aux 20.000 tonnes produites chaque année en France. «Des études ont montré que le miel des villes contenait des traces de plomb aussi infimes que dans les autres zones de récolte», affirme l'Unaf, alors qu'aucune analyse sanitaire n'est nécessaire pour commercialiser ce miel.