Ferme des mille vaches: L'élevage du futur sera-t-il intensif?

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Publié le 6 juin 2012.

ELEVAGE - Un projet de ferme gigantesque provoque de vives oppositions dans la Somme...

Mille vaches et 750 génisses et veaux: le projet de ferme géante, qui doit voir le jour sur les communes de Drucat et Buigny-Saint-Maclou dans la Somme, au nord d'Abbeville, provoque la colère des riverains et des écologistes. Tandis que José Bové qualifie le projet de «truc de cinglé», une association locale, Novissen (Nos villages se soucient de l’environnement) mène une campagne pour faire stopper le projet, soumis à un accord préfectoral qui ne sera donné qu’après les législatives. Plus largement, c’est l’avenir de l’élevage en Europe qui est en jeu.

«La viande et le lait deviennent un sous-produit de la merde»

«Je veux vous faire part de ma grande inquiétude car votre décision orientera indubitablement le modèle agricole de demain»: Yann Arthus-Bertrand a alerté le préfet de la Somme dans un courrier daté du 24 avril dernier. «Ce projet aura un impact global non négligeable sur l'environnement avec ses rejets de nitrates à effet de serre et ammoniaque. La santé publique et celle des riverains s'en trouveront menacées.» Concentrer  un millier d’animaux dans une seule ferme représente en effet un risque: nuisances sonores et olfactives liées aux boues d’épandage et à l’augmentation du trafic routier, risques sanitaires et non-respect du bien-être animal sont dénoncés, entre autres, par Novissen.

L’installation d’un méthaniseur de 1,5MW destiné à traiter les effluents d’élevage ne rassure pas les opposants au projet: Michel Kfoury, président de Novissen, dénonce ainsi «un équipement si puissant classé comme un outil agricole alors que c'est une structure industrielle». Quant à l’eurodéputé José Bové, en visite dans la Somme en mai, il n’hésite pas à dire que dans la ferme des 1.000 vaches, «la viande et le lait deviennent un sous-produit de la merde». Pourtant, le Conseil de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques de la Somme (CODERST), a approuvé fin mai le projet d’arrêté préfectoral autorisant l’exploitation de la ferme des mille vaches.

Bien-être animal, prix du lait ou valeur des terrains

Alors que la moyenne des troupeaux français s’élève à 44 vaches, et que moins de 2% des élevages comptent plus de 100 bêtes, le projet des mille vaches amènerait la France à suivre un modèle intensif, déjà expérimenté aux Etats-Unis et en Amérique du Sud. Si le préfet donne son feu vert à la SCEA de la Côte de Justice, porteuse du projet, le cheptel  pourra augmenter progressivement entre 2012 et 2015, parallèlement à la construction d’une stabulation de 950 places en logettes raclées (comprendre une étable géante pour mettre les vaches en batterie), trois bâtiments pour les génisses et les veaux, des annexes, silos et plateformes de stockage, pour un budget de cinq 5 à 6 millions d’euros. Le méthaniseur coûterait lui entre 6 et 7 millions d’euros.

Contre ce projet, chacun y va de son argument: Brigitte Bardot s’indigne de cette «exploitation scandaleuse condamnant les animaux à l’enfer», la Confédération paysanne dénonce un projet «dangereux aussi bien pour la santé humaine que pour l’environnement» et les voisins s’inquiètent d’une perte de valeur de leurs terrains et maisons. Autre risque: une dévaluation du prix du lait. Pour José Bové, «La multiplication de si grosses exploitations ne peut que tirer les prix vers le bas».

Des «super-fermes» pour éviter que le prix de la viande n’explose?

Pourtant, la profession n’est pas complètement opposée à l’intensification: Dominique Dengreville, président de l’Union des producteurs de lait de Picardie, a déclaré ne pas pouvoir s’associer «aux arguments plus ou moins fantaisistes des détracteurs du projet» mais reste «interrogatif» sur la manière dont les décisions seront prises dans cette structure. «C’est un autre état d’esprit, commente un exploitant, cité par le site professionnel réussir-lait.com. C’est le monde de l’entreprise où tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. Et si, du jour au lendemain, l’affaire n’est pas suffisamment lucrative, on arrêtera et on fera autre chose… » Le débat gagne la Grande-Bretagne, où le président de la National Farmers Union a déclaré que le pays avait besoin de «super-fermes» pour éviter que le prix de la viande n’explose. Les vaches européennes vivent peut-être leurs dernières années en liberté dans les champs.

Audrey Chauvet
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