La France va interdire le pesticide Cruiser pour protéger les abeilles

Le gouvernement s'est prononcé pour l'interdiction du pesticide ...

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Le gouvernement s'est prononcé pour l'interdiction du pesticide Cruiser OSR du groupe suisse Syngenta, utilisé pour les cultures de colza et accusé de contribuer au déclin des colonies d'abeilles, une décision saluée par les écologistes et les apiculteurs.

Le gouvernement s'est prononcé pour l'interdiction du pesticide Cruiser OSR du groupe suisse Syngenta, utilisé pour les cultures de colza et accusé de contribuer au déclin des colonies d'abeilles, une décision saluée par les écologistes et les apiculteurs. — Remy Gabalda afp.com

Le gouvernement s'est prononcé pour l'interdiction du pesticide Cruiser OSR du groupe suisse Syngenta, utilisé pour les cultures de colza et accusé de contribuer au déclin des colonies d'abeilles, une décision saluée par les écologistes et les apiculteurs.

"J'ai averti le groupe qui commercialise le Cruiser que j'envisage de retirer l'autorisation de mise sur le marché", a déclaré vendredi le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll.

Cette décision fait suite à un avis de l'Anses (l'agence sanitaire pour l'alimentation et l'environnement), sollicitée par son prédécesseur Bruno Le Maire, qui relève l'impact néfaste sur les abeilles d'une des molécules actives du Cruiser, le thiaméthoxam, montré par deux études récentes.

Les abeilles qui consomment du nectar contenant cette molécule à faible dose seraient susceptibles de troubles de comportement affectant leur capacité à revenir à leur ruche. Cet effet pourrait contribuer au déclin des colonies concernées, a précisé le ministre.

Le gouvernement français a dans le même temps saisi la Commission européenne sur le sujet.

Dans son avis, l'Anses souligne l'"approche originale" des chercheurs, qui ont suivi les abeilles en leur apposant des puces à radio-identification. Ils ont pu constater qu'à une dose sublétale, c'est-à-dire au-dessous de la dose jugée mortelle, le thiaméthoxam avait un effet néfaste sur leur retour à la ruche.

L'Anses reconnaît que les doses utilisées étaient supérieures aux doses usuelles, mais estime qu'une exposition à cette dose "ne peut être totalement exclue dans des circonstances particulières". Elle relève aussi que d'autres études vont dans le même sens.

- Un hectare sur deux traité au Cruiser -

Syngenta, numéro un mondial de l'agrochimie, dénonce une étude basée sur une "méthode non validée et très éloignée de la pratique". "Il y a matière à discuter et nous allons revenir vers le ministère rapidement", a déclaré un porte-parole, précisant qu'un hectare sur deux (soit 650.000 hectares) est protégé par du Cruiser en France.

Le groupe dispose de 15 jours pour faire part de ses observations, avant que l'interdiction définitive ne soit prononcée.

Défenseurs de l'environnement et apiculteurs ont applaudi à la nouvelle.

"C'est super!", a lancé le député PS Gérard Bapt, qui avait demandé cette interdiction. Les apiculteurs, "heureux", ont alerté sur l'urgence d'une interdiction effective, à quelques semaines du traitement des semences pour la prochaine récolte. "C'est enfin un pas dans la bonne direction", a souligné France nature environnement (FNE).

Tous ont souhaité aussi que tous les types de Cruiser, utilisé aussi pour le maïs, les pois et les betteraves, soient interdits. "L'utilisation généralisée des insecticides en enrobage de semences représente un danger pour la biodiversité dans son ensemble", a estimé Claudine Joly de FNE.

Générations Futures a jugé la décision du ministre "positive et hautement symbolique", en rupture avec celles de son prédécesseur.

Du côté des agriculteurs, la vision est radicalement différente. Gérard Tubery, président de la Fédération des producteurs d'oléagineux et de protéagineux s'est étonné d'une décision "disproportionnée par rapport aux conclusions du rapport de l'Anses", qui pénalise les Français par rapport à leurs concurrents européens.

De son côté, la Coordination rurale et l'Organisation de producteurs de grains s'étonnent qu'une autorisation de mise sur le marché délivrée il y a un peu plus d'un an puisse être retirée aussi rapidement.

Rappelant que les abeilles et les bourdons contribuent à la pollinisation de 80% des plantes à fleurs produisant fruits ou légumes, M. Le Foll a souligné que des alternatives existaient pour la protection du colza. "Si le retrait de l'autorisation est confirmé, les agriculteurs auront donc des solutions", a-t-il affirmé.