Le soja «responsable»: Une certification qui peine à s'imposer

AGRICULTURE La culture du soja, principalement en Amérique du sud, a encore de lourds impacts environnementaux...

A.C. avec AFP

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Récolte du soja dans une ferme de Correntina, Brésil, le 1er avril 2010.

Récolte du soja dans une ferme de Correntina, Brésil, le 1er avril 2010. — P. WHITAKER / REUTERS

Le soja «vert» ou durable a fait ses premiers pas sur le marché l'an passé et malgré des débuts difficiles les acteurs du secteur veulent croire à l'avenir de la filière, principalement tournée vers l'Amérique du Sud. «Jusqu'ici tout cela était de la théorie et maintenant nous devons en faire une réalité. Ce sont les débuts donc ce n'est pas simple mais nous pensons vraiment pouvoir atteindre 5 millions de tonnes vendus dans trois ans», explique Agustin Mascotana, directeur général de RTRS, la table ronde sur le soja responsable, qui tenait jeudi et vendredi son assemblée générale.

Le prix au cœur des débats

Constatant l'impact négatif du soja sur l'environnement, notamment en Amérique du Sud où il est synonyme de déforestation, quelques producteurs, industriels et le WWF se sont regroupés en 2006 pour créer cette table ronde, qui a fixé une trentaine de critères à respecter pour obtenir la certification RTRS. Outre l'interdiction d'utiliser des terres déboisées pour la culture du soja, les producteurs doivent également respecter certains critères environnementaux (une limite est fixée pour les intrants chimiques) et sociaux (le travail des enfants est proscrit). «Vu l'ampleur pris par le phénomène du soja, il était temps de prendre les choses en main, c'est un véritable enjeu mondial», constate Brice Patentreger, de WWF France.

Pour autant la mise en place ne semble pas aisée. «Cela n'a pas été facile de convaincre des producteurs et le problème c'est que les petits paysans qui déboisent sont tellement loin de tous nos principes qu'il est impossible de les toucher», relate Joao Shimada du groupe Maggi au Brésil. La question du prix est également au coeur des débats comme le souligne Jose Born un producteur argentin, qui a déjà fait certifier une partie de sa culture de soja RTRS. «Nous avons conscience de notre devoir en tant qu'agriculteur envers les générations futures mais pour l'instant la certification RTRS ne nous permet pas de réaliser des marges suffisantes et quand on voit que le prix du soja s'envole, on s'interroge forcément», explique-t-il.

Un soja «responsable» mais OGM

Pour sa première année de commercialisation, 300.000 tonnes de soja certifié durable ont été vendu dans le monde alors que près de 250 millions de tonnes de soja sont produites annuellement, principalement pour être transformées en tourteaux destinés à l'alimentation du bétail. Pour l'instant, les premières tonnes de soja durable sont venus du Brésil, de l'Argentine, du Paraguay et de l'Inde. Tous les principaux pays ont donc choisi de franchir le pas à l'exception du plus important de tous: les Etats-Unis. Les producteurs américains ont en effet pour l'instant refusé de faire parti de cette initiative. Et Agustin Mascotana le reconnaît «à terme il faudra que l'on puisse les inclure si l'on veut vraiment peser sur le marché».

D'autant plus que ce soja «vert» est également vu d'un mauvais oeil de la part de nombreuses associations écologistes, qui pointent du doigt la position du WWF. Beaucoup dénoncent une certification qui entretient le système de production basé sur la monoculture du soja et ne remet en cause ni la dépendance européenne en alimentation animale importée, ni un modèle de production intensive de la viande. Et surtout cette certification n'a pas exclu le soja OGM. Aujourd'hui, le soja étant essentiellement issu de plantes génétiquement modifiées dans le monde, donc si on le met sur la touche, on passe à côté de l'essentiel du marche, se défend WWF. L'association a toutefois poussé pour qu'une branche de la certification soit réservée pour le soja non OGM.

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