La suie, composée de particules de carbone émises par nos cheminées et nos véhicules, reste mal connue malgré un impact majeur sur la santé et le climat, a souligné mercredi l'organisme chargé de quantifier les polluants dans l'air en France, qui s'intéresse désormais de plus près au sujet. La France disposera pour la première fois d'un relevé spécifique pour cette catégorie de polluants dans son inventaire national de 2013, indique à l'AFP Jérôme Boutang, directeur général du Citepa (Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique). «Le black carbone ou carbone suie est un ensemble de particules qui attirent l'attention en ce moment car elles sont à l'intersection des problématiques de santé et du changement climatique», souligne-t-il.

Chauffage au bois et transport routier

En février, les Etats-Unis ont posé les bases d'une coalition de plusieurs pays destinée à lutter contre les polluants à courte durée de vie, catégorie incluant notamment la suie mais aussi le méthane. La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton avait alors cité un rapport des Nations unies selon lequel «l'élimination de ces sources de pollution d'ici à 2030 permettrait de réduire de 0,5 degré Celsius la hausse prévue de 1,0 degré du réchauffement de la planète d'ici à 2050». «Se concentrer sur les polluants à courte durée de vie présente un avantage: si nous pouvons les réduire de manière significative, nous aurons des effets sur notre climat à relativement court terme», avait-elle assuré.

En raison de la durée de vie très longue du CO2 dans l'atmosphère (une centaine d'années), les actions contre ce gaz, principal responsable du changement climatique, ne peuvent avoir des résultats qu'à long terme. La lutte contre la suie est donc «complémentaire», selon le Citepa. D'une durée de vie de trois à huit jours, ces particules sont émises par le chauffage au bois et le transport routier dans les pays développés mais aussi par les fours de cuisson au bois et le brûlage des déchets verts dans les pays en développement. «La première étape, c'est de quantifier ces émissions de carbone suie, ensuite vous pouvez agir dessus», note Jérôme Boutang, soulignant que le Citepa, outre ce travail d'inventaire, participe au niveau international à des travaux de recherche sur les techniques permettant d'en réduire les émissions.