Pulvérisation de pesticides agricoles en France.
Pulvérisation de pesticides agricoles en France. - LECARPENTIER/SIPA

Encore une bataille gagnée pour les agriculteurs victimes des pesticides. Après la victoire de Paul François en justice contre le groupe Monsanto, un décret publié le 6 mai inscrit la maladie de Parkinson comme une maladie professionnelle, ouvrant ainsi le droit à une indemnisation pour les malades. Mais le principal progrès réside peut-être dans le lien fait entre l’usage des pesticides et cette maladie, qui n’avait encore jamais été reconnu.

«Il faut que les fabricants mettent la main à la poche»

«Cela va faciliter les démarches des malades, qui pour l’instant se voyaient opposer un refus de prise en charge par la mutuelle agricole dans quatre cas sur cinq, se félicite Paul François, président de l’association Phyto-victimes. Certains agriculteurs vont aussi peut-être maintenant faire le lien entre l’usage de pesticides et leurs troubles. La reconnaissance morale, enfin, est très importante pour les malades.» L’indemnisation, même si «elle ne guérit pas les gens», leur permettra d’embaucher du personnel pour les seconder dans leur exploitation lorsque la maladie est invalidante.

Lui-même victime de troubles neurologiques à la suite d’une intoxication au Lasso, Paul François pense que les firmes qui fabriquent les produits devraient prendre leur part de responsabilité. «C’est la mutuelle qui indemnise, donc ce sont nos cotisations et la société toute entière qui paye ces dégâts. Il faudrait demander aux fabricants de mettre la main à la poche.» En l’absence de lien scientifiquement établi entre les maladies et les pesticides, les agrochimistes comme Monsanto avaient une réponse toute faite: un produit n’est pas dangereux s’il est utilisé dans les conditions préconisées. «Mais est-ce qu’on pense aux riverains et aux consommateurs?», réplique l’agriculteur charentais.

Des homologations de produits plus draconiennes

Avec ce décret, ce sont maintenant les molécules elles-mêmes qui sont incriminées: «Plutôt que de penser en volume, comme le propose le plan Ecophyto, il faut simplement retirer ces produits de la vente», demande Paul François, qui milite également pour que les homologations des produits ne soient plus données uniquement par le ministère de l’Agriculture mais aussi par celui de la Santé.

La prise de conscience devra aussi se faire du côté des agriculteurs: «Ceux qui étaient encore sceptiques prennent conscience qu’on ne peut plus utiliser n’importe quoi, qu’il faut diminuer les intrants. Malheureusement, on entend encore dire "On ne peut pas faire autrement" et ce discours est largement amplifié par les lobbyistes des firmes», déplore Paul François. «Il faut que ceux qui veulent faire du bio soient aidés et que les autres passent à une agronomie qui n’utilise la chimie qu’en dernier recours.»

Difficile de connaître le nombre de victimes

Quant à savoir combien d’agriculteurs ont été touchés par la maladie de Parkinson, difficile d’obtenir des chiffres. Selon Yves Cosset, médecin du travail national adjoint à la Mutuelle de la santé des agriculteurs (MSA), interrogé par Le Monde, vingt cas ont été rapportés aux comités de reconnaissance des maladies professionnelles en dix ans. Mais Paul François est convaincu qu’un plus grand nombre de paysans est atteint: «On constate une recrudescence de la maladie de Parkinson, en particulier chez les jeunes», témoigne-t-il. «Maintenant, il faudrait reconnaître aussi le cancer de la vessie et de la prostate chez les viticulteurs et les arboriculteurs, les cancers du sang et leucémies, et les cancers du cerveau.» La guerre contre les pesticides est encore loin d’être gagnée.

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