Une femme nue derrière une feuille.
Une femme nue derrière une feuille.

Audrey Chauvet

Se rouler nus dans les bottes de foin, un fantasme qui revient à la mode. Logique pour qui rencontre l’âme-sœur en allant chercher son panier de légumes bio à l’Amap du coin, la séduit en l’emmenant découvrir les espèces d’insectes qui peuplent la forêt voisine, et la met dans sa poche en lui montrant ses douze poubelles de tri sous l’évier.

Bonus malus écologique sur les sex-toys

Fabricants de sex-toys ou sites de rencontre ont bien saisi cette tendance. Chez Passage du désir, un «love-store» engagé de longue date dans l’écologie grâce à sa fondatrice militante chez Greenpeace, la gamme de cosmétiques intimes bio et de sex-toys sans phtalates s’agrandit régulièrement. A compter du mois de mai, un «bonus-malus» écologique va même être instauré dans les magasins: pour l’achat d’un sex-toy rechargeable, un bon d’achat de dix euros sera offert au client, tandis que l’achat d’un jouet à piles sera taxé d’un euro, reversé à l’association Cœur de forêt. «La plupart des clients sont faciles à convaincre, explique Claire, vendeuse dans le magasin de Châtelet, à Paris. Il n’y a que 15 euros de différence entre un sex-toy rechargeable sur le secteur et un fonctionnant avec des piles et l’absence de phtalates rassure.» Quant aux huiles et bougies de massage bio, elles cartonnent: on peut désormais enduire ou lécher son partenaire sans avoir peur d’être malade.

«On drague un écolo en étant écolo soi-même»

Car si «la sexualité est l’activité qui par nature est la plus écologique qui soit», elle peut engendrer des comportements peu écolos, analyse Marc Dannam, auteur de Osez le sexe écolo (ed.La Musardine). «Quand on va draguer en 4x4 et qu’on se retrouve dans une chambre allumée avec des lampes halogènes, ça pose problème. Si on décide d’avoir un comportement responsable, il faut l’avoir tout le temps», explique l’expert, qui détaille dans son ouvrage les bons gestes pour réduire l’impact des ébats. Se faire beau avec des cosmétiques bio, offrir un dernier verre de vin bio, faire l’amour à la lueur des bougies ou utiliser des aphrodisiaques naturels… «On drague un écolo en étant écolo soi-même», conseille-t-il. 

Pour ceux qui n’ont pas encore trouvé de camarade de jeu, le site casualdating.fr propose à ses abonnés, à l’occasion de la Semaine du développement durable, de pratiquer un sexe plus vert: «Nous ne voulons pas donner de leçons mais les inciter à avoir quelques gestes écolos», explique Alexandra Antwi, manager du site pour la France. Les quelques idées données aux internautes, comme prendre une douche à deux pour économiser l’eau, sont «notre contribution au développement durable», poursuit Alexandra Antwi. Pour tester la sensibilité des abonnés au sujet, la rédaction de la rubrique Planète de 20Minutes s’est caché derrière un profil fictif, mais n’a obtenu qu’une seule proposition enthousiaste: «J'ai une petite baguette bio, deux mains très baladeuses et sans phtalates et j'aimerai bien économiser de l'eau avec toi». Bel effort, mais pas très convaincant.

Le retour à la nature, un fantasme en vogue

Rencontres jetables, consommation de produits verts alors qu’on peut tout faire avec ses mains… Les écolos purs et durs risquent de ne pas être séduits par ces démarches. Pour eux, le risque serait plutôt de se gâcher le plaisir en étant obsédés par la lampe restée malencontreusement allumée dans la chambre: «On peut choisir d’adapter sa sexualité à ses convictions, mais elle reste une création dans laquelle la liberté doit être totale, avertit le sexologue Pierre Cahen. Le sexe écolo peut faire partie d’un trip, d’un scénario.»

Et là, les idées ne manquent pas: Marc Dannam donne dans son ouvrage quelques pistes pour exploiter toutes les possibilités offertes par la forêt ou un simple hamac dans le jardin. «Si on va batifoler dans les bois, on ne laisse pas de préservatifs usagés et on ne se vautre pas sur les fleurs!», rappelle l’auteur. Chez Passage du désir, on incite aussi les clients à envisager autrement la sexualité: ne pas être dans la recherche de la performance mais plutôt dans le jeu et la complicité, en se respectant soi, l’autre, et la planète au passage. «On reproche souvent à l’écologie de ne pas être sexy mais elle peut le devenir si on l’intègre dans les parades amoureuses. Eva Joly serait bien inspirée d’y songer!», conclut Marc Dannam.