Yann Arthus-Bertrand, le 31 octobre 2011.
Yann Arthus-Bertrand, le 31 octobre 2011. - REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Propos recueillis par Audrey Chauvet

Après Home, qui avait été diffusé dans le monde entier, le photographe Yann Arthus-Bertrand revient avec La soif du monde, documentaire sur l’eau diffusé ce dimanche à Calvi. Des inondations en Asie aux villages assoiffés d’Afrique, le film nous emmène de la source des problèmes aux solutions qui ont été trouvées pour que l’accès à l’eau potable ou à l’assainissement ne soient pas un luxe inaccessible.

 

 

En ouverture du film, vous dites que vous avez toujours été fasciné par l’eau. Pourquoi?

Parce que l’eau sculpte les paysages. Quand je survole une zone de marécages, je sais qu’il va y avoir des dessins, des îles… et qu’on va faire de bonnes photos. Quand il y a de l’eau, je sais qu’il va se passer quelque chose.

Quelle était votre intention en réalisant ce film?

C’est d’essayer de faire un tour du monde des enjeux autour de l’eau: l’agriculture, la surpopulation, la pauvreté... Je suis très fier de ce film car on aborde le sujet de l’assainissement, par exemple: ce n’est pas très sexy, de parler de merde, mais on l’a fait! Le sujet sur une dame pipi dans un bidonville est très beau, comme celui sur les gens de Calcutta qui ont fait une station d’épuration en élevant des poissons qui se nourrissent des excréments.

Vous donnez beaucoup de chiffres dans ce film, vous pensez que c’est plus marquant que les belles images dont vous avez l’habitude?

Je me restreignais toujours sur les chiffres, là j’y suis allé à fond! Je trouve que ça parle bien. Quand tu dis «4.000 enfants meurent tous les jours à cause l’absence d’eau potable», le chiffre parle et souligne qu’il y a un problème qu’on va peut-être essayer de résoudre. Quand je trouve quelque chose beau, je le photographie, quand un chiffre m’intéresse, je le dis.

Parmi les personnes que vous avez rencontrées pour ce film, laquelle vous a le plus touché?

Je connais bien Gérard Rosso que j’ai rencontré en train de faire des puits. Tous ces gens m’intéressent, comme ce type du Cambodge avec sa détermination, la dame pipi, ces bergers dont certains ont été tués au Nord du Kenya après qu’on ait tourné… Je suis quelqu’un qui photographie les paysages mais ce sont les gens qui m’intéressent en fin de compte. J’aime les gens qui s’engagent  et je pense que l’engagement rend heureux. Ce sont eux qui vont changer le monde.

Dans le film, vous demandez si le combat pour l’accès à l’eau n’est pas déjà perdu. Vous restez quand même optimiste?

Le problème c’est que la population du monde augmente plus vite que l’assainissement qu’on installe dans les villes. Quand je suis né, nous étions 2,5 milliards, aujourd’hui nous sommes sept milliards: dans ma vie d’homme, j’aurai vu la population du monde tripler, c’est inouï. Et en même temps le progrès a permis que les enfants meurent moins, de vivre plus vieux, de favoriser la démocratie, l’éducation… On vit dans un monde un peu meilleur.

Que pouvons-nous faire, ici, en France, au quotidien?

J’essaye de ne pas culpabiliser les gens mais de les responsabiliser. Sincèrement, dire d’éteindre son robinet quand on se lave les dents, ça m’a toujours énervé parce que l’écologie ce n’est pas que ça. C’est une réflexion sur notre impact quotidien d’homme riche civilisé. Je pense que nous avons besoin d’une révolution intérieure et de s’interroger sur comment je vis dans mon époque,  comment je la respecte et comment je réduis mon impact. Je fais partie de la génération des consommateurs, dans les années 1950-60, dans les premiers supermarchés, il y avait un côté magique de remplir son caddie de trucs pas chers. Aujourd’hui on sait que ce n’est pas très bon pour notre environnement. Il va falloir trouver comment concilier l’économie, le social et l’environnement, mais je n’ai pas la solution. Le système actuel est à bout de souffle, il faut apprendre à vivre mieux avec moins.

Si vous aviez le pouvoir de mettre en œuvre une solution pour l’accès à l’eau, laquelle ce serait?

Je crois que la solution passe par la prise de conscience et par une réflexion au quotidien sur sa vie. C’est pour ça que je fais du cinéma: on touche des millions de personnes qui commencent à réfléchir. Aujourd’hui, l’écologie est absente du débat politique et de la télévision parce qu’on  l’impression d’avoir déjà tout dit et qu’on n’a pas la solution. Mais je suis optimiste, je crois qu’on va trouver la solution grâce à tous ces gens qui s’engagent.

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