Sur la route communale d'Ormoy-la-Rivière (Essonne), des bénévoles installent une bâche pour éviter aux crapauds de se faire écraser, le 10 mars 2012.
Sur la route communale d'Ormoy-la-Rivière (Essonne), des bénévoles installent une bâche pour éviter aux crapauds de se faire écraser, le 10 mars 2012. - A.Chauvet - 20 Minutes

Audrey Chauvet

Pour les crapauds, le printemps est la saison de tous les dangers. Dès la fin février, les amphibiens quittent leur vie terrestre, dans les forêts, pour rejoindre leur vie aquatique dans les mares et les étangs, où ils pondent leurs œufs. Si entre les deux passe une route, c’est le carnage. Plusieurs associations se mobilisent pour aider les crapauds à vivre leurs amours sans risque.

Des bâches et des seaux pour la sécurité des crapauds

Samedi 10 mars, 10h du matin, sur une route communale d’Ormoy-la-Rivière dans l’Essonne. Une petite dizaine de bénévoles s’active pour installer une bâche d’une trentaine de centimètres de hauteur sur 700m le long de la route. Tous les dix mètres, des seaux sont enterrés dans le sol: «Les crapauds descendent de la forêt pour aller vers l’étang de l’autre côté de la route, explique Patrice Raveneau, de la Fondation Nicolas Hulot. Ils sont arrêtés par la bâche et la longent jusqu’à tomber dans le seau. Le matin, nous faisons traverser les seaux avec les crapauds dedans.»  C’est une voisine qui a alerté sur le nombre de crapauds écrasés sur cette route : «On a limité la casse depuis deux ans, avant on voyait plein de crapauds écrasés», se souvient Odile.

Faute de crapauduc souterrain, les «crapaudromes» restent le meilleur moyen de faire traverser les amphibiens en toute sécurité: sur cette petite route, l’an dernier, les bénévoles ont fait passer 3.500 crapauds, mais 500 y ont laissé la vie. «Quand elles ne les écrasent pas, les voitures les retournent par leur vitesse et la peau du crapaud, très collante, reste scotchée au bitume. C’est la mort assurée», explique Daniel Prugne, de l’Association intercommunale des naturalistes du Val d’Orge (AINVO). «Au-delà d’une voiture par minute, les crapauds n’ont aucune chance.»

Plusieurs associations se sont rassemblées pour construire le crapaudrome: les CPN (Connaître et protéger la nature), l’AINVO et même la maison familiale rurale de l’Essonne verte dont les élèves de troisième et de terminale ont creusé les sillons. Le Conseil général a fourni le matériel: «C’est une manière de traiter les trames vertes et bleues et de favoriser le passage de la faune, explique Jean-Marc Lestrat, chef d’équipe Etudes et aménagement des sites et itinéraires départementaux au Conseil général de l’Essonne. C’est aussi une question de sécurité routière.»

Risques de «crapauplanning»

Car le dévouement pour les crapauds n’est pas sans risque: les bénévoles doivent venir ramasser les seaux tôt le matin, par temps pluvieux, risquant eux aussi de se faire renverser.  Pour éviter un accident, la mairie a limité la vitesse à 30km/h sur ce tronçon de route, mais les associations en demandent la fermeture de 19h à 22h en mars et avril. «Nous avons étudié le problème mais ce n’est pas possible car il faudrait mettre en place une déviation et seule cette route mène au pont accessible aux poids lourds», argue Jean-Claude Reveau, le maire d’Ormoy-la-Rivière. En attendant, les automobilistes aussi prennent des risques: dérapages, freinages, ou «crapauplanning», comme l’appelle Marc Giraud, vice-président de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), qui essaye de rassembler toutes les associations agissant pour les crapauds et d’inciter chacun à prendre un crapaud par la main

«Les crapauds sont utiles car quand ils sont têtards, ils mangent les larves de moustiques, et adultes ils mangent les limaces et les escargots, c’est une aide pour les jardiniers», explique Marc Giraud. Malheureusement, leur population diminue malgré une libido très développée: «Les crapauds sont totalement obsédés, au printemps ils s’accrochent à tout ce qui bouge, poursuit Marc Giraud. Dans les mares, les femelles ont parfois six ou sept mâles en même temps sur le dos. Mais quand ils se font écraser avant de s’être reproduits, on estime qu’on perd un tiers des effectifs chaque année.»

Si le Conseil général de l’Essonne participe à l’installation de bâches le long des routes départementales, l’engagement des pouvoirs publics reste encore très timide. Seules les associations se mobilisent et tentent de trouver des moyens de sensibiliser le public: l’Aspas vend ainsi des panneaux «Attention, traversée de crapauds» à installer sur le bord des routes.