Fukushima, un an après: La France saurait-elle mieux réagir que le Japon?

DOSSIER Si une catastrophe nucléaire se produisait en France, réagirions-nous mieux que les Japonais?...

Audrey Chauvet

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La centrale nucléaire EDF du Bugey à Saint-Vulbas (Ain), mise en service en 1979, est l'une des plus vieille de France.

La centrale nucléaire EDF du Bugey à Saint-Vulbas (Ain), mise en service en 1979, est l'une des plus vieille de France. — CHAMUSSY / SIPA

Jacques Repussard, le directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) est formel: «La France est le pays le plus en avance de la planète dans le domaine de la sûreté nucléaire». Pourtant, depuis Fukushima, les certitudes vacillent: comment réagiraient nos 58 réacteurs nucléaires en cas de catastrophe naturelle violente? Les centrales sont-elles capables de supporter des agressions externes? Réagirions-nous mieux que les Japonais?

Le nucléaire français «plus sûr que sûr»?

«Le Japon a été très critiqué sur sa gestion de la crise, mais nous avons des doutes sur la capacité de l’Europe à gérer une telle situation», admet Jacques Repussard, qui pointe «les pays qui ne disposent pas de mesures de crise». Mais en France, les «investissements considérables pour renforcer la sûreté» des centrales après Fukushima nous protègent-ils réellement? «Non, nous n’avons pas tiré les leçons de Fukushima, déplore Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad). On nous parle d’un nucléaire "plus sûr que sûr", mais on n’a pas envisagé les agressions violentes externes dans les stress tests imposés par l’Union européenne».

Ces «évaluations complémentaires de sûreté» menées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont abouti à un satisfecit: «L'ASN considère que les installations examinées présentent un niveau de sûreté suffisant pour qu'elle ne demande l'arrêt immédiat d'aucune d'entre-elles», lit-on dans le rapport, qui souligne néanmoins la nécessité «d'augmenter dans les meilleurs délais, au-delà des marges de sûreté dont elles disposent déjà, leur robustesse face à des situations extrêmes».

Prendre en compte tous les événements, quelle que soit leur probabilité

Depuis Fukushima, une chose a changé: on a pris conscience que le danger pouvait avoir une autre origine qu’un dysfonctionnement interne. Attaques terroristes, séismes ou inondations violentes: autant d’événements auxquels les centrales ne sont pas préparées, selon Roland Desbordes. «Un scénario séisme et tsunami peut arriver en France, notamment dans la vallée du Rhône si un tremblement de terre provoquait la rupture d’un barrage», affirme le président de la Criirad, qui milite pour que tous les événements, même ceux ayant une probabilité faible de se produire, soient pris en compte dans la sécurisation des centrales.

Car si un accident se produisait, la prise en charge de la population ne semble pas au point. L’IRSN n’est pas rassurant: «L’organisation de l’évacuation ou de la prise d’iode n’est pas figée, ça dépendrait de la météo, de la méthodologie adoptée…», déclare Jacques Repussard. En revanche, l’Institut compte sur «la capacité d’autogestion et les initiatives de la société civile». «Au Japon, des associations se sont créées pour nettoyer les zones touchées. C’est une ressource considérable si on donne des guides pour que ce soit bien fait. C’est autant que les autorités publiques n’auront pas à faire», expliquent les dirigeants de l’IRSN.

Conformément aux demandes de l’ASN, les exploitants des centrales françaises ont jusqu'au 30 juin 2012 pour présenter «un noyau dur» de dispositions concrètes permettant de «maîtriser les fonctions fondamentales de sûreté». Les travaux nécessaires prendront ensuite plusieurs années. «Il n’y a plus qu’à faire bruler des cierges pour qu’aucun événement ne se produise d’ici là», redoute Roland Desbordes.