Fukushima, un an après: Un nuage de doutes sur le nucléaire traverse le monde

DOSSIER La catastrophe nucléaire qui a frappé le Japon en mars 2011 a changé la perception du nucléaire dans le monde entier...

Audrey Chauvet

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Un panneau stop devant une centrale nucléaire allemande.

Un panneau stop devant une centrale nucléaire allemande. — Michael Probst/AP/SIPA

11 mars 2011: cette date marquera l’histoire du Japon, mais pourrait également s’inscrire dans la liste des catastrophes qui ont marqué le monde entier. Presqu’exactement 25 ans après Tchernobyl, la vague qui a submergé la centrale nucléaire de Fukushima a apporté de l’eau au moulin des anti-nucléaire et a ravivé les débats sur les politiques énergétiques dans de nombreux pays.

L’Allemagne, première grande puissance industrielle sans nucléaire

Pour les pays qui s’étaient déjà engagés dans le développement des énergies renouvelables, Fukushima a été le moment crucial pour changer définitivement de trajectoire énergétique. Ainsi, l’Allemagne se penche dès le mois d’avril 2011 sur l’avenir de ses centrales. Déjà en chemin vers une sortie progressive du nucléaire, le pays accélère le pas sous la pression des écologistes et la volonté d’Angela Merkel. Le 30 mai, la chancelière annonce que l’Allemagne fermera ses derniers réacteurs en 2022, suscitant de vives réactions en France: les écologistes applaudissent, le gouvernement tente d’endiguer le mouvement.

En septembre, c’est le voisin suisse qui confirme une sortie progressive du nucléaire, prévoyant la fermeture de ses cinq réacteurs d’ici à 2034. Fin octobre, c’est au tour de la Belgique d’annoncer sa sortie du nucléaire à partir de 2015.

Berlusconi désavoué par les Italiens

Les derniers mois du gouvernement de Silvio Berlusconi auront été marqués par un référendum calamiteux pour le pouvoir en place au sujet du nucléaire. L’Italie, qui avait abandonné l’atome en 1987 après un référendum organisé à la suite de la catastrophe de Tchernobyl, s’était engagée début 2011 dans une re-nucléarisation avec la construction de quatre réacteurs EPR. Le non au nucléaire, exprimé à une écrasante majorité de 94,05% lors du référendum du 13 juin 2011, a obligé le gouvernement à changer son fusil d’épaule et à s’engager dans le développement des énergies renouvelables.

Fukushima ou pas, ils veulent conserver l’atome

Avec 104 réacteurs et des régions à forte sismicité, les Etats-Unis ont dû également réagir à la catastrophe de Fukushima en lançant un réexamen de la sécurité des centrales portant notamment sur la capacité des installations à fonctionner en cas de perte de l’alimentation en électricité. La dernière fois que les Etats-Unis avaient resserré les boulons de leurs centrales, c’était après les attaques terroristes du 11 septembre 2001.

En revanche, aucune remise en question des programmes nucléaires en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud ou en Chine. Dix nouveaux réacteurs devraient être construits outre-Manche, Pékin projette de construire cinquante centrales, dont 26 sont déjà en chantier, et l’Afrique du Sud veut se doter d'ici vingt ans d’un parc nucléaire représentant 9.600 mégawatts.

En France, le débat s’impose dans la campagne présidentielle

Sous la pression des militants anti-nucléaire, des sondages largement favorables à l’abandon progressif de l’atome, et obligé par l’Union européenne à procéder à des tests de résistance sur ses centrales, le gouvernement français lance dès juin 2011 des audits complémentaires de sûreté menés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Mais le Premier ministre et le ministre de l’Energie restent inflexibles: la France n’abandonnera pas l’atome. L’accident de Marcoule en septembre 2011, la polémique autour de la prolongation de la durée de vie de la centrale de Fessenheim ou l’audit sur les coûts de la filière nucléaire réalisé par la Cour des comptes n’y changeront rien.

Et pour enfoncer le clou, une commission réunie par Eric Besson publie en janvier 2012 un rapport selon lequel la prolongation du parc nucléaire au-delà de 40 ans serait l’option énergétique la moins coûteuse pour le pays. Aujourd’hui, la sortie du nucléaire s’affiche dans les programmes des candidats à la présidentielle, mais cette promesse électorale risque fort de se heurter à la puissance de l’industrie française de l’atome. Fukushima aura au moins eu le mérite d’obliger les candidats à se positionner sur la question du nucléaire.