Corinne Lepage: «La stratégie du gouvernement a été de tuer les filières du renouvelables»

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Publié le 30 janvier 2012.

INTERVIEW - La candidate Cap21 a répondu aux questions de «20 Minutes» sur son programme écologique...

Plus verte que les Verts? Corinne Lepage, candidate Cap21 à la présidentielle, se considère comme une «écologiste centriste» et espère damer le pion écolo à Eva Joly. Rejetant «une écologie de compromission», l’ex-ministre de l’Environnement met l’écologie et la santé au cœur de son programme pour l’élection présidentielle. Du nucléaire aux OGM, Corinne Lepage a répondu aux questions de 20 Minutes.

Le grand absent du Grenelle de l’environnement était le sujet de l’énergie. Certaines associations ont demandé un Grenelle dédié à ce sujet, d’autres souhaitent un référendum sur le nucléaire. Quelle est votre position?

Il faudrait déjà avoir une vision correcte des coûts et des avantages de toutes les filières pour que les Français puissent décider, par référendum, en toute connaissance de cause. C’est la raison pour laquelle je propose de créer un «conseil de la société civile et des générations futures» dont une des missions serait d’organiser des débats honnêtes, notamment arrêter de dire aux Français que le nucléaire ne coûte pas cher. J’ai essayé de faire une évaluation des coûts du nucléaire qui sont passés sous silence: le coût du démantèlement, évalué aujourd’hui à 20 milliards d’euros mais sûrement plus proche de 150 à 200 milliards d’euros, le coût de l’enfouissement, qui représentera probablement 35 milliards pour EDF, et le coût majeur de l’assurance qui aujourd’hui n’est pas pris en compte. Si vous assurez le nucléaire, vous n’avez plus de nucléaire.

Vous dénoncez le pouvoir des multinationales, or on voit que même dans les énergies renouvelables, par exemple sur l’appel d’offres sur l’éolien offshore, ce sont de grandes entreprises qui se sont positionnées. Comment faire pour que des PME trouvent des débouchés dans les énergies renouvelables?

La stratégie du gouvernement a été de tuer les filières du renouvelable et de permettre à ceux qui étaient déjà sur le marché, c’est-à-dire EDF et GDF Suez, de tout capter. Par exemple, il y a un scandale sur le photovoltaïque: EDF Energies nouvelles, juste avant le moratoire, a fait passer tous ses projets alors que tous les projets des PME ont été plombés. Ce qui se passe sur l’éolien offshore est pareil: je suis prête à parier que c’est Areva qui aura le projet car sinon le groupe met la clé sous la porte. Ce projet est destiné à sauver Areva beaucoup plus qu’à promouvoir l’éolien offshore, d’autant plus que les 3.000MW qui sont prévus ne représentent que la moitié de ce qu’avait prévu le Grenelle.

Si vous étiez au pouvoir, vous reviendriez complètement sur les permis d’exploitation de gaz de schiste?

Oui, je reviendrais sur les permis parce que je ne comprends pas pourquoi on n’en a retiré que trois. Mais nous ne pouvons pas sortir du nucléaire du jour au lendemain: nous savons que les énergies renouvelables ne permettront pas dans l’immédiat de remplacer à la fois le pétrole et le nucléaire, donc nous avons besoin d’une énergie de transition qui est le gaz. C’est le gaz qui émet le moins d’effet de serre, par rapport au pétrole, et qui permet, grâce à la cogénération, d’avoir les systèmes combinés les plus productifs. En l’état actuel des choses, les technologies que nous connaissons pour exploiter les gaz de schiste sont calamiteuses. Si ultérieurement d’autres solutions sont envisagées et que le recours au gaz de schiste n’est pas un moyen de contrer le développement du renouvelable, alors peut-être faudra-t-il reposer la question.

Vous avez un programme fiscal très orienté vers l’environnement, notamment avec une éco-modularité des taxes. Vous n’avez pas peur que l’environnement soit vu comme une contrainte?

Je ne veux pas créer de nouveaux impôts pour les Français. Ce que je vais proposer, c’est que l’impôt sur les sociétés soit modulé de manière à ce qu’il soit réduit pour ceux qui embauchent et qui ont des vraies politiques de responsabilité sociale et environnementale, et qu’au contraire il soit plus lourd pour ceux qui débauchent par stratégie et qui ont un comportement pollueur. Globalement, cela peut amener autant de revenus à l’Etat, voire plus, et ça ne coûte pas un centime aux Français. D’autre part, je suis favorable à une taxe carbone aux frontières de l’Europe et pour un protectionnisme à l’égard du dumping social et environnemental, parce que la concurrence doit être libre et non faussée.

Mais les grandes entreprises françaises, y compris celles qui ont des activités polluantes, ont des stratégies fiscales qui leur permettent de payer finalement très peu d’impôts sur les sociétés en France?

Nous avons parmi nos niches fiscales un certain nombre de systèmes qui sont outrageusement favorables à l’optimisation fiscale: la fiscalité mère-filiales, la niche Copé… Si vous les supprimez, ce ne sera plus possible. J’ai entendu avec beaucoup d’intérêt une chose dans ce qu’a dit le président de la République hier: pour la taxe sur les transactions financières, les sociétés la payeront où qu’elles soient. C’est ça que je réclame: que le système américain, qui fait que quand vous êtes une entreprise ou un citoyen américain, vous payez l’impôt aux Etats-Unis où que vous soyez dans le monde, soit transposé en France.  

Un point sur l’agriculture: vous vous êtes prononcée en faveur d’une agriculture «à haute productivité environnementale». Ça veut dire qu’on abandonne les objectifs du Grenelle sur le bio?

Pas du tout. C’est complémentaire. La France a un retard colossal en matière de bio, les objectifs du Grenelle ne sont pas près d’être atteints car on continue à avoir une politique de spoliation de tous les agriculteurs bio. On n’a pas résolu le problème des trois ans de conversion qui empêchent les agriculteurs conventionnels de passer au bio. Néanmoins, personne n’imagine aujourd’hui que la totalité de l’agriculture en France puisse être bio. C’est la raison pour laquelle je propose cette agriculture à haute productivité environnementale, c’est-à-dire une agriculture qui permet de produire beaucoup en utilisant les progrès les plus récents de la recherche agronomique pour lutter contre la déprise agricole, assurer la qualité de l’eau et recréer de l’emploi agricole.

Les agriculteurs sont souvent pris en étau entre les subventions de la PAC qui leur permettent de survivre, et les certificats d’obtention végétale ou les intrants qu’ils doivent acheter aux industriels. Comment peut-on les sortir de l’impasse?

J’attends avec intérêt l’arrêt de la Cour de justice des communautés européennes sur l’affaire Kokopelli, un réseau d’agriculteurs de semences paysannes qui s’est vu interdire de replanter leurs semences paysannes car ils n’avaient pas payé le certificat d’obtention végétale. Bien entendu, tout cela est fait pour préparer les OGM, qui sont le système de brevetabilité universelle du vivant. La Cour de justice des communautés européennes a  l’air de trancher en faveur de Kokopelli, ce qui permettrait de revoir complètement la question majeure des semences. Je n’incrimine pas les agriculteurs dont l’immense majorité est victime du système. Quand vous voyez que les subventions de la politique agricole commune (PAC) couvrent à peu près tout ce qui est payé à l’agro-semence en achats de pesticides et d’intrants, vous vous rendez compte que les malheureux agriculteurs sont en fait la courroie de transmission qui permet à l’agro-semence de capter les subventions agricoles. Je m’érige en défenseur du monde agricole pour l’aider à sortir de ce cercle infernal dans lequel l’agro-semence l’a enfermé et dont ils sont les victimes économiques et humaines. Des études faites dans d’autres pays montrent de manière très claire les liens entre certains pesticides et les maladies dont souffrent les agriculteurs: les cancers, mais aussi la maladie de Parkinson et d’autres maladies de la dégénérescence.

Propos recueillis par Audrey Chauvet et Anne-Laëtitia Béraud
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