Montmartre et la Basilique du Sacre-Coeur vus depuis le Parc des Buttes Chaumont, à Paris.
Montmartre et la Basilique du Sacre-Coeur vus depuis le Parc des Buttes Chaumont, à Paris. - ANGOT/SIPA

Audrey Chauvet

Il n’y a pas que des rats et des pigeons sur les trottoirs des grandes villes. En regardant bien, on pourra aussi voir quelques brins d’herbe qui poussent par-ci par-là, des mouettes ou des cormorans survolant les quais, et peut-être un jour croiserez-vous un renard ou un sanglier en faisant votre jogging matinal… Alors que la biodiversité est menacée dans les campagnes par les produits chimiques agricoles, la ville pourrait devenir un nouveau refuge pour certaines espèces. A condition que les urbanistes laissent un peu de place à la nature en ville.

Les pigeons, des fugitifs en cavale

«Les villes n’ont pas de rôle majeur dans la conservation de la biodiversité globale, rappelle Anne-Caroline Prevot-Julliard, biologiste au Muséum national d’histoire naturelle et au CNRS. Mais au niveau local, de plus en plus d’espèces animales et végétales investissent les villes, des espèces sauvages, domestiques ou échappées qui exploitent des niches écologiques vides.» Des fugitifs dans nos rues? «Les pigeons étaient à l’origine des pigeons domestiques élevés pour leur chair ou pour la course», explique la biologiste, qui cite également les perruches à collier qui peuplent l’Ile-de-France depuis qu’un imprudent a ouvert la cage aux oiseaux…

Si les villes apparaissent aujourd’hui comme des lieux accueillants pour toutes ces espèces, c’est grâce à une modification progressive de la mentalité: les citadins veulent des villes vertes, des arbres pour limiter la pollution, des parcs sans pesticides, et les murs végétalisés sont à la mode. Des démarches déjà entreprises dans de nombreuses villes, comme à Paris où les produits chimiques sont désormais bannis des boîtes à outil des jardiniers. Certaines municipalités incitent les citadins à fleurir leur petit coin de trottoir ou même un poteau… Anne-Caroline Prevot-Julliard se dit «persuadée que la biodiversité sera de plus en plus présente si les citadins sont volontaires pour ça».

Gare à l’étalement des villes

«La biodiversité rend plusieurs types de services aux habitants des villes, poursuit-elle. Des services de régulation de la qualité de l’eau, de l’air, de la chaleur urbaine, mais aussi des services plus difficiles à appréhender comme la reconnexion avec la nature ou la santé physique et mentale.» En échange, les villes peuvent servir de refuge à certaines espèces, mais Anne-Caroline Prevot-Julliard n’est pas convaincue que nos métropoles puissent sauver la planète: «Les abeilles des villes ne se portent pas forcément mieux que celles des campagnes», nuance-t-elle.

En effet, malgré les bonnes intentions des municipalités et la motivation des citadins, l’état de la biodiversité dans nos villes n’est pas reluisant: selon une étude publiée mi-janvier par l’agence régionale pour la nature et la biodiversité en Île-de-France, Natureparif, 85 espèces végétales (soit 6% de la flore) ont disparu de cette région et 400 autres (26%) sont menacées. En décembre, Natureparif alertait déjà sur la baisse des effectifs d’oiseaux en région parisienne. La capitale aurait peut-être intérêt à prendre exemple sur les villes de Montpellier ou Grande-Synthe, élues capitales de la biodiversité en 2011 et 2010, pour leur politique d’intégration de la nature et de la biodiversité dans le tissu urbain. Dans ces villes et ailleurs, les services des espaces verts ont dit adieu aux tondeuses à gazon, pesticides et truelles: la gestion différenciée des espaces verts permet de limiter le nombre de fauchages et la restauration de murs anciens ne rebouche pas les interstices qui servent d’abri aux oiseaux nicheurs.

Reste à prendre en compte les continuités écologiques entre les villes, les banlieues et les campagnes. Car si la ville empiète trop sur la campagne, elle ne pourra pas compenser la destruction de milliers d’espèces avec quelques abeilles et un parterre de fleurs.

>> 20 Minutes suit la campagne de la Ligue ROC: interview d’Hubert Reeves, décryptages des enjeux liés à la biodiversité, questions aux candidats et résultats des questionnaires sont à suivre sur 20minutes.fr.