Londres veut clouer au sol la pollution

ENVIRONNEMENT En enduisant les trottoirs d'une solution adhésive, la mairie de Londres essaye de coller au sol les particules émises par le trafic urbain...

Audrey Chauvet

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Pollution au dessus de Londres en avril 2011.

Pollution au dessus de Londres en avril 2011. — DDAA/ZOB/WENN.COM/SIPA

Trois camions tournent entre minuit et 6h du matin sur 30km de rues, dans le centre de Londres. Ils ne ramassent pas les poubelles, mais la pollution: ces camions dispersent une solution adhésive fabriquée à base de calcium qui est censée attirer au sol les particules fines émises par les véhicules. Les trottoirs sont ensuite nettoyés avec des jets d’eau qui emportent les particules dans les égouts. Une idée lancée par le maire de la capitale britannique, Boris Johnson, qui laisse perplexes les Londoniens, rapporte l’ambassade de France au Royaume-Uni.

Une amende plane au-dessus de Londres

Les particules fines, ou PM10, sont émises par les pots d’échappement, les pneus et les disques de frein. Souvent accusées de provoquer des problèmes de santé, asthme, maladies cardio-vasculaires, elles sont surveillées de près par l’Union européenne, qui a fixé des seuils à ne pas dépasser dans les grandes villes de l’UE: 50 microgrammes par mètre cube d’air et le seuil d’information est déclenché, 80 microgrammes et c’est le seuil d’alerte qui est atteint.

Or, la ville de Londres dépasse régulièrement ces seuils et risque 300 millions d’euros d’amende si la qualité de l’air est mauvaise pendant plus de 35 jours par an. Des inquiétudes pour la santé des sportifs qui participeront aux Jeux olympiques en juillet prochain sont aussi apparues dans la communauté médicale.

Une fausse solution?

Avant que l’effet de l’introduction de véhicules verts ou de vélos dans la capitale britannique ne se fasse sentir, Boris Johnson veut donc mettre un sparadrap sur la pollution: coûteux, puisque la ville a déjà dépensé près d’un million de livres (près d’1,2 million d’euros) dans le système de vaporisation d’adhésif, et contesté par les experts. «Une fois que vous arrêtez l'aspersion, le problème revient», estime Frank Kelly, du King’s College de Londres.

Ce à quoi Boris Johnson répond qu'une fois les particules collées au trottoir, elles ne peuvent plus être inhalées ou ingérées «à moins que vous ne vous mettiez à quatre pattes et la renifliez», a-t-il déclaré lors d’un conseil municipal. Les écologistes l’accusent pour leur part de chercher seulement à se soustraire à l’amende européenne, notamment en installant les capteurs de pollution dans les rues traitées, et de ne pas résoudre le problème à la source.

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