Un repas végétarien.
Un repas végétarien. - SUPERSTOCK/SIPA

Propos recueillis par Audrey Chauvet

Mieux vaut un petit steak qu’une énorme assiette de légumes: selon les premières conclusions du projet duALIne, mené par des experts de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), les idées reçues sur la viande et son effet néfaste sur l’environnement seraient à relativiser. Catherine Esnouf, directeur scientifique adjoint «Alimentation» à l’Inra, nous explique comment composer des repas permettant d’avoir des apports nutritionnels et un impact environnemental raisonnables.

Quelles sont les conclusions que vous tirez de cette première phase d’études?

Ce que nous montrons, c’est que la composition nutritionnelle de nos repas n’a pas vraiment de liens avec leur impact carbone.  Les femmes, qui ont un régime alimentaire plus riche en fruits et légumes que les hommes, montrent une très légère tendance à avoir des menus plus lourds en carbone, car ils sont plus copieux en termes de quantité. Mais cette différence est de l’ordre de 10% de plus et ça ne remet pas en cause le fait que les produits végétaux, pris individuellement, sont moins impactant que les produits animaux.

Tout est une question de quantité?

Si on veut avoir les apports en nutriments et l’intensité énergétique nécessaires, il faut manger une  quantité de fruits et légumes plus importante qu’avec des produits animaux, donc l’impact carbone est plus fort. Toutefois, nous n’avons considéré que les émissions de gaz à effet de serre et nous n’avons pas tenu compte de la consommation d’eau, de surfaces, de ressources…

Que peut-on mettre dans son assiette pour réduire l’impact sur l’environnement?

La première chose est de limiter le gaspillage de nourriture, c’est ça le plus impactant. Les distributeurs devraient aussi accepter de vendre des fruits de petit calibre ou des produits un peu tâchés qui aujourd’hui sont jetés. Ensuite, on peut consommer raisonnablement de la viande, conformément aux préconisations du plan national nutrition santé (PNNS). La viande apporte des protéines, mais aussi des vitamines essentielles et du fer. Il serait également réducteur de considérer que les circuits courts sont forcément meilleurs pour l’environnement: tout dépend du mode de transport. Si le client va en voiture chercher son panier chez l’agriculteur, l’impact carbone est plus élevé, et autour des villes la culture n’est pas forcément optimale (on doit utiliser des serres gourmandes en énergie, on génère de la pollution des nappes phréatiques…). On ne pourra de toute façon jamais alimenter les grandes villes avec l’agriculture de proximité, car on n’aura pas la place. Par exemple, il faudrait six fois la surface de l’Ile-de-France pour nourrir sa population.

Votre étude se concentrait sur l’aval de la filière alimentaire, quelles préconisations faites-vous aux producteurs et distributeurs?

Nous nous sommes concentrés sur la question: comment améliorer l’impact sur l’environnement tout en maintenant la valeur santé des produits et la rentabilité économique. Pour cela, on peut travailler sur les régimes alimentaires à l’échelle mondiale, notamment la consommation de viandes et laitages, sur la réorganisation des systèmes de transformation pour optimiser les coproduits (par exemple en développant des usines qui fabriqueraient des produits alimentaires et non alimentaires) et revoir l’organisation logistique, sachant que ce sont les cinq derniers kilomètres les plus impactants, notamment la voiture du consommateur quand il va au supermarché.