Jacques Attali, économiste et écrivain, sur un plateau de télévision en avril 2011.
Jacques Attali, économiste et écrivain, sur un plateau de télévision en avril 2011. - BALTEL/SIPA

Propos recueillis par Audrey Chauvet et Mathieu Bruckmüller

Elle s’appelle «microfinance» mais elle peut avoir de grands effets. C’est en tout cas ce dont est convaincu Jacques Attali, président du groupe PlaNet Finance, qui depuis 1998 agit dans près de 80 pays pour «promouvoir la croissance» et lutter contre la pauvreté en permettant aux populations d’accéder  aux services financiers. Le 5 décembre, les International Microfinance awards récompenseront des microentrepreneurs du monde entier qui ont pu développer leur activité grâce à PlaNet Finance.

Les International Microfinance awards sont-ils un moyen de mieux faire connaître la micro-finance en France?

Nous aimerions montrer par cette opération qu’il y a dans le monde des milliards de gens qui font des choses formidables et qu’il y a des centaines de millions de startups qui font avec ce qu’elles ont, sans argent, sans technique. Pour la cinquième année, nous avons un jury international de très haut niveau qui choisit six ou sept personnes, dont une en France, pour leur remettre un prix. D’année en année, cela prend plus d’ampleur car ce prix devient mondial et est considéré comme important par tous. Nous voulons montrer que si on veut, on peut s’en sortir, et que si on a des projets, on peut les réaliser.

Vous pensez que la micro-finance peut-être un levier de développement dans les pays pauvres?

Je n’aurais pas choisi de m’y consacrer si je ne pensais pas ça. Pour moi, l’écart entre riches et pauvres est absolument tragique, c’est ça qui peut faire exploser la planète. Deux outils vont ensemble pour aider à la croissance et lutter contre la pauvreté: la démocratie et la micro-finance. L’un soutient l’autre. La révolution tunisienne a été déclenchée par un entrepreneur qui n’avait pas trouvé de crédit. Dans tous les pays qui tentent de passer à la démocratie, si elle n’apporte pas très vite une solution au problème du chômage, elle rebascule dans la dictature. La micro-finance est un outil qui marche à condition que ce soit de la vrai micro-finance et non pas des prêts à la consommation avec des taux usuraires. Comme toutes les activités humaines, il faut que cela soit contrôlé.

Comment choisissiez-vous les institutions locales avec lesquelles vous travaillez?

Dans le groupe, nous avons une agence de notation qui contrôle les institutions. Certaines nous appartiennent et nous avons une charte éthique qui impose de ne travailler qu’avec celles qui respectent certaines conditions. Grâce à notre présence sur le terrain, quand on affiche un entrepreneur sur le site de MicroWorld, nous sommes sûrs que le prêt est efficace, utile et, dans la mesure du possible, que la personne à qui nous prêtons n’est pas surendettée.

Comment se passe le suivi des emprunteurs?

Le propre de la microfinance, c’est qu’elle ne fait pas de crédit. Elle fait du coaching. Un agent de crédit ne disparaît pas au bout d’une semaine, il revient, il conseille, il obtient des remboursements progressifs. Avant tout, il est là pour accompagner l’entrepreneur.

Quelles activités cherchez-vous à développer au sein du groupe PlaNet Finance?

Le groupe PlaNet Finance est très vaste. MicroWorld est une dimension très importante du groupe car cela permet aux gens de faire des prêts en direct sans intermédiaire. C’est une activité toute nouvelle, très importante pour nous, qui va valoriser nos activités et créer une prise de conscience: les gens vont se rendre compte qu’ils peuvent prêter vingt euros en trois clics, qu’ils sont garantis d’être remboursés  et qu’ils peuvent suivre le projet. Qu’ils peuvent faire quelque chose d’utile. Nous développons d’autres activités, par exemple le téléphone mobile va être un acteur très important de développement. Un milliard de personnes ont un compte bancaire mais cinq milliards ont un mobile. D’autre part, nous avons de nouveaux programmes dans les banlieues françaises. Depuis deux ans, nous allons chercher des gamins dans les quartiers pour les aider à créer leur entreprise. Nous leur apportons gratuitement le coaching, l’étude de marché, le business plan, nous les accompagnons auprès des banques pour trouver l’argent et si l’entreprise réussit un ou deux ans plus tard, nous pouvons prendre une participation au capital pour l’aider à se développer.

Vous essayez de renforcer votre présence en France?

C’est vraiment une priorité. Nous sommes pour l’instant très peu présents en France. Nous avons un fonds d’investissement pour prendre des participations, à l’heure actuelle nous en possédons une cinquantaine. Nous avons aidé à la création de plus de 3.000 entreprises dans une douzaine de quartiers dans le 93, à Lyon, Vénissieux, Marseille, Toulon,...

Pour voter: http://www.microworld.org/fr/microfinance-awards-2011