Des hommes marchent dans une nappe de pétrole, dans le delta du Niger, le 20 juin 2010.
Des hommes marchent dans une nappe de pétrole, dans le delta du Niger, le 20 juin 2010.

Propos recueillis par Audrey Chauvet

Une marée noire continuelle: depuis des dizaines d’années, le delta du Niger est victime de déversements de pétrole dus à des fuites dans les installations du groupe pétrolier Shell. Amnesty International a publié ce jeudi un rapport sur cette «tragédie» et appelle Shell à verser un milliard de dollars d’indemnisations aux populations de l’Ogoniland. Pour Francis Perrin, vice-président d’Amnesty International France, il devient urgent de commencer à restaurer l’environnement du delta du Niger.

Quel est l’objectif de ce nouveau rapport sur le delta du Niger?

Son principal intérêt est de présenter une étude de cas: c’est une approche factuelle et précise qui permet de voir à quel point les engagements et les déclarations des exploitants, et notamment de Shell, sont très éloignés de la réalité. De plus, des éléments pointent clairement vers la responsabilité du groupe pétrolier pour les déversements d’août et décembre 2008. Or, la réponse de Shell est bien en dessous de ce que l’on est en droit d’attendre d’un groupe qui se dit «responsable». Plus de trois ans après, les sites ne sont toujours pas nettoyés et la population n’a pas perçu d’indemnisation alors qu’elle a subi des dommages importants, notamment pour l’agriculture et la pêche.

Pourquoi rien n’a été fait pour réparer les dommages environnementaux et sociaux?

D’une part à cause du gouvernement nigérian qui a décidé de fermer les yeux sur ce qui se passe dans cette région tant que les revenus pétroliers tombent dans les caisses de l’Etat. D’autre part, l’exposition médiatique était faible: le delta du Niger a longtemps été une zone largement ignorée du reste du monde.

Le droit international peut-il se saisir de ce problème?

Il y a déjà des actions judiciaires en cours. Une partie des communautés de Bodo a porté l’affaire devant la justice britannique, avec l’aide d’ONG et d’avocats. Shell a d’abord contesté la compétence de ce tribunal, en disant que ça devait se passer au Nigeria, mais le système judiciaire nigérian n’a ni la capacité ni la volonté de traiter ce genre de problème. Shell a fini par admettre la compétence de la Haute cour de Londres, ainsi que sa responsabilité sur les deux accidents de Bodo. Actuellement, on est en phase de négociations sur les compensations financières. 

Que va-t-il se passer maintenant?

Nous allons voir ce que Shell va proposer comme compensation. Puisqu’ils ont enfin reconnu leur responsabilité, il faut qu’ils payent mais aussi qu’ils dépolluent les sites concernés: pour la seule partie de l’Ogoniland, cela prendra 25 ans ou plus pour restaurer l’environnement. Ensuite, il faudra généraliser cela à l’ensemble du delta du Niger. Cet effort majeur dans le temps sera coûteux et nécessitera de créer un fonds pour la dépollution doté au départ d’un milliard de dollars pour les travaux les plus urgents. Les compagnies pétrolières sont appelées à contribuer et nous demandons à Shell de sortir de sa poche ce milliard de dollars car il est le principal responsable. Cela éviterait de perdre du temps et Shell s’honorerait à verser ce milliard.